Image d'une senteur ou le nez de la caméra
J'ai déjà parlé de l'ekphrasis, cette manière de
tenter, par des mots ou d'autres moyens artistiques, d'exprimer un moment vécu intense. Il y près d'un siècle, Juan Jamon
Jimenez, dans un poème intitulé Madrugada de Viernes Santo (Sevilla) a traduit en vers ces secondes extatiques et brefs où un paso orné de fleurs passe dans une rue alors qu'une
femme chante une saeta.
Las flores no se duermen, esta noche, y derraman
en la brisa infinita esencia de colores;
gargantes de mujeres que ne se ven, declaman
en un cristalear partido de dolores...
Les fleurs ne dorment pas, cette nuit, et éparpillent
dans la brise infinie des essences de couleurs;
gorges de femme qu'on ne voit pas, déclamant
dans un cristal cassé de douleurs...
Le moment vécu, Vendredi Saint dans la rue Francos à 23 heures 58, est en partie restitué par
l'éphémère vidéo. Elle montre le paso, avec ses camélias et ses fleurs d'oranger ("essences de couleurs"), capte la saeta, masculine, fusant d'un balcon proche, mais ne peut, hélas pour
vous et malgré les efforts du nez de la caméra, diffuser les effluves de l'azahar.
Longtemps je me suis couché de bonne heure...
Publié le 17/04/2009 à 12h39 dans Parfums