Séville en Vénus au miroir
Séville commence à "lucir guapa", écrivions-nous hier pour dire comment la ville se fait belle, comment sa beauté
commence à devenir lumineuse. Pour qui donc sont offerts tous ces atours si précieux ?
La Vénus au miroir du Sévillan Velazquez nous aide, de son londonien exil à la National Gallery, à
répondre.

Il y a trois manières de voir et comprendre ce chef-d’œuvre de l’histoire de l’art, peut-être plus émouvant encore que
Les Ménines, pour percer le mystère de la ville-femme : à qui se donne-t-elle à voir ?
D’abord, c’est le don narcissique de soi à soi : Vénus se regarde dans son miroir et s’admire comme Narcisse. On la voit
se mirer, de l’extérieur, et jouir de sa beauté. Telle est Séville à longueur d’années.
Autre vision du tableau : la Vénus regarde le spectateur qui l’admire et, dans ce jeu mis en scène, devant le rideau
ouvert, elle se pare de ses atours dans le théâtre de soi-même. Telle est la Séville baroque pendant la Semaine Sainte primaveral, le plus grand opéra du monde, et la Feria, on
le verra bien : regardez comme je suis belle quand je vous le montre si bien.
Bien improbable ultime interprétation du tableau, Vénus, dans son humble et fragile beauté qu’elle sait sublime, s’ouvre
au vertige de regard de l’autre : ne reste pas à m’admirer, je t’aime et aime-moi s’il te plaît. La femme s’ouvre au mystère de l’autre dans une relation éthique d’égale à égal. Telle n’est
jamais Séville.
Publié le 11/03/2009 à 16h08 dans Parures