Mercredi 5 novembre 2008
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Il serait navrant, en ce 5 novembre 2008, un jour
après l’élection de Barack Obama, de ne pas citer un passage-phare de son fameux discours du 18 mars 2008 à Philadelphie.
" Mais j’ai voulu affirmer ma ferme conviction - une conviction enracinée en Dieu et dans ma foi
dans le peuple américain - qu’en travaillant ensemble nous pouvons dépasser certaines de vieilles blessures raciales, et que en fait nous n’avons pas le choix si nous voulons continuer sur la
voie d’une union plus parfaite. Pour la communauté africaine américaine, cette voie signifie assumer le fardeau de notre passé sans devenir les victimes de notre passé. Cela signifie continuer à
insister pour une justice totale dans chaque aspect de la vie américaine. Mais cela signifie aussi lier nos revendications particulières – pour une meilleur assistance médicale et de meilleures
écoles et de meilleurs emplois - aux plus larges aspirations de tous les Américains : la femme blanche qui lutte pour briser le plafond de verre, l’homme blanc qui a été licencié,
l’immigrant qui essaie de nourrir sa famille. Ce qui signifie prendre la pleine responsabilité de nos propres vies –en demandant plus à nos pères, en passant plus de temps avec nos enfants, en
leur lisant, en leur enseignant que quels que soient les défis et les discriminations qu’ils rencontreront dans leur vie, ils ne doivent jamais succomber au désespoir ou au cynisme. Ils doivent
toujours croire qu’ils peuvent écrire leur propre destin."
Et non moins navrant de ne pas montrer le Monument de la tolérance de Eduardo Chillida, installé sur les quais du
Guadalquivir.
Un modèle plus petit de cette œuvre se trouve à San Sebastian, dans le musée-parc
dédié au sculpteur natif de cette ville. Il permet de comprendre l'idée même de tolérance: une culture majoritaire, qui se
prétend centrale, embrasse les autres, dont une finit par la dépasser...
Samedi 24 janvier 2009
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En espagnol, le verbe esperar est un vrai ami: il signifie attendre et nous montre, à nous francophones, qu’attendre,
c’est toujours espérer. Spinoza ne pensait pas vraiment que l’espoir faisait vivre ("l'espoir n'est autre chose qu'une joie mal assurée, née de l'image d'une chose future ou passée dont
l'arrivée est pour nous incertaine"). Le grand oui à soi, aux autres et au monde, est ainsi le contraire rationnel de l'espoir, ce n'est pas désespoir mais plutôt inespoir, libération à
l'égard du besoin d'espérer pour vivre.
« Mais pour autant, Spinoza ne condamne pas l'espoir : cette impuissance est un moindre mal si elle sert à éviter un plus grand
mal, en l'occurrence, l'impuissance beaucoup plus grande consistant à se laisser gagner par le désespoir et la dépression quand il reste encore des raisons suffisantes d'agir, surtout si cette
ignorance conduit à cultiver la haine et la colère contre ce que l'on imagine causer notre désespoir. »
Ce préambule philosophique inspiré et tiré du site spinozaetnous.org est nécessaire pour expliquer que l’attente des événements festifs fait partie de la psychologie profonde des
Sévillans. Il reste aujourd’hui 70 jours avant le début de la Semaine Sainte. Elle aura lieu et la seule crainte, irrationnelle, puisque nous n’avons aucun pouvoir sur elle, est celle de la
pluie. Seuls les ignorants Sévillans pensent que c'est la "mala suerte" qui empêche une confrérie de faire sa procession. Le bar Moreno où je vais parfois prendre mon petit
déjeuner, n'échappe à cette "Esperanza" puisque toutes les dates clés du semestre sont notées au-dessus du comptoir.
Pour ma part, j’espère un coup de soleil sur le clocher de la Madeleine le vendredi Saint à 8 h.00 quand rentre la
confrérie du Calvaire.
J’espère un bel après-midi sur les berges pour voir passer le Cachorro ce même vendredi après-midi.
J’espère un samedi saint tempéré pour se reposer des fatigues de la semaine.
Et s'il pleut, comme quatre fois sur cinq le Vendredi Saint, eh bien il pleuvra : la réalité est
perfection.
Dimanche 25 janvier 2009
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Il en est de Séville comme de Naples : les grandes métropoles du Nord les méprisent. Elles sont nonchalantes, ne travaillent pas
assez et y règne la pagaille, dit-on à Milan et Madrid, villes plates, sans mer ou fleuve, « modernes ». C’est pourquoi je déteste Milan, sa gare, son brouillard et sa pollution. Madrid, d’où je
reviens dans mes jardinets pour quelques jours, s’en sort à peine mieux. Heureusement que ce matin j’étais seul, à 9 h. 15, devant les Ménines et les Fileuses de
Vélazquez.
Séville, donc, serait la quintessence des villes que j’aime. Paris, monumentale et intime ; Londres, avec ses quartiers si variés,
ses barrios, où l’on passe d’un monde à l’autre ; Venise, lumineux labyrinthe qui nous égare dans nos errances ; Prague, ineffable la nuit avec ses réverbères et ses tavernes ; Rome,
l’autre ville baroque en perpétuelle mise en scène d’elle-même ; Florence, aux deux rives et à la richesse culturelle syndromique.
Et Naples, évidemment, qui résiste aux modes avec le sourire aux lèvres malgré la dureté du monde : beaucoup de chômage les deux villes. Naples, où les Macdo sont rares et les tavernes multiples,
Naples et ses habitants artistes de la vie…
Me manque seulement à Séville la multiculturalité de Londres, toutes les couleurs et les langues qui se côtoient dans un autobus, par exemple. J’y serai début février et j’ai hâte de voir
comment, à mon retour au corral, le bananier aura dépéri pour mieux annoncer le printemps qui va recommencer.
Merci à mes lecteurs de toujours me suivre dans de prochains articles qui seront illustrés par des images en
différé.
Lundi 9 février 2009
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En plein cœur du quartier historique de Santa Cruz, au-dessus de ruines romaines de l’ancienne Hispalis, l’ancien palais
du XVIe siècle Aire de Sevilla. Ce sont maintenant des bains arabes qui maintiennent cette tradition, très vivante aussi à Budapest dans ses
bains turcs. La seule différence est qu’à Séville les bains ont disparu dès le XVIIe siècle, catholicisme aidant.
Le principe est le même : pendant deux heures on passe d’un endroit à l’autre (les trois bains tiède/chaud/froid, un bain chaud
d'eau de mer, un énorme jacuzzi, un bain de vapeur, une salle de relaxation…) enveloppés par la lumière feutrée des bougies, les couleurs, décidément incoutournables à Séville, rouge foncé des
murs, bleu-vert de l’eau, un fond de musique orientale.
Vendredi 27 février 2009
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C’est le 28 février,
Jour de l’Andalousie.
Au moment de la naissance du régionalisme andalou, qui culmine à l'Assemblée de Ronda en 1918, Blas Infante définit les symboles propres de l'identité andalouse, qui reposent sur une magnifique vision humaniste universaliste malgré
la revendication régionaliste.
C'est à la période d'Al Andalus, au Moyen Age musulman, que remontent les origines du drapeau andalou
actuel.
Le territoire andalou constituait le coeur de l'Islam ibérique, et les dynasties établies successivement à la tête des États musulmans de la péninsule arboraient le blanc et le vert sur leurs
bannières et étendards. Blas Infante, en créant les symboles andalous en 1918, se réfère à ce passé pour justifier son choix. Le blanc serait la couleur de l'étendard des Omeyyades de Damas, des
Almohades et de Qusay, ancêtre de Mahomet, tandis que le vert est considéré comme la couleur de Mahomet (son turban était vert) des Omeyyades de Cordoue et des Almoravides. Outre leur
signification historique, les couleurs andalouses se distinguent par leur charge symbolique recueillie dans l'hymne de la communauté : le vert et le blanc représentent le désir de paix et
l'espérance du peuple d'Andalousie tandis qu'Hercule et son esprit matent les forces animales de deux lions.
Dans le parc de l'Alamillo le 28 février, des enfants peignent une bande verte et blanche de 200
mètres
L'hymne
andalou est un autre de ces symboles, et ses paroles sont rédigées par Blas Infante lui-même
:
La bandera blanca y verde
vuelve, tras siglos de guerra,
a decir paz y esperanza,
bajo el sol de nuestra tierra.
¡Andaluces, levantaos!
¡Pedid tierra y libertad!
¡Sea por Andalucía libre,
España y la Humanidad!
Los andaluces queremos
volver a ser lo que fuimos
hombres de luz, que a los hombres,
alma de hombres les dimos.
¡Andaluces, levantaos!
¡Pedid tierra y libertad!
¡Sea por Andalucía libre,
España y la Humanidad!
Le drapeau blanc et vert
revient, après des siècles de guerre,
exprimer la paix et l'espérance,
sous le soleil de notre terre.
Andalous, levez-vous !
Demandez la terre et la liberté !
Pour l'Andalousie libre,
l'Espagne et l'Humanité.
Nous, les Andalous, voulons
redevenir ce que nous avons été,
des hommes éclairés qui, aux hommes,
avons donné une âme d'hommes.
Andalous, levez-vous !
Demandez la terre et la liberté !
Pour l'Andalousie libre,
l'Espagne et l'Humanité.
La notion centrale du texte réside dans ces mots "hombres de luz", "hommes de lumière" : lumière des corps
ensoleillés et des esprits éclairés, lumières des philosophes andalous cordouans du Moyen Age (dont Averrroes, le grand musulman et Moïse Maïmonide, le grand juif).
"L'Esprit humain ne sait qu'il existe que par les idées des affections dont le Corps est affecté", il est "l'idée même du Corps humain", disait Spinoza. Les grands Andalous
seraient donc des Philosophes de la et des Lumière(s) et si je peux tirer un peu de l'Andalousie pour vivifier ma République, grand
bien sera.
Jeudi 9 avril 2009
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C’est Pâques à Séville ! A 17 heures sur la place du Triomphe, patrimoine mondial de l’humanité, les cloches de la Giralda sonnent
à toute volée. Face à la cathédrale, l’Alcazar et les Archives des Indes.
Gloire à cette ville !
Lundi 13 avril 2009
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La municipalité sévillane publie chaque mois un bulletin d'informations. A la sortie de la corrida de
la Résurrection, ennuyeuse à mourir, j'ai ramassé ce feuillet bien documenté. Le "logo" de la ville y apparaît : orgueil sévillan égale orgueil universel.
Voilà confirmées mes analyses de la mentalité profonde de la
ville tant aimée. Quelle joie alors en tirer puisque ce séjour devrait augmenter ma puissance d'être ? Dans ce cas, le bonheur n'est pas dans l'opuscule au slogan ridicule mais à la relecture
d'extraits du 4e livre de l'Ethique de Spinoza consacré à la servitude humaine.
Ce passage tiré des propositions 56 et 57 est tout simplement magnifique. Je ne pousserai pas le bouchon jusqu'à l'envoyer au maire socialiste.
Proposition 56
Le plus haut degré de l'orgueil comme de l'abjection marque le plus haut degré d'impuissance de
l'âme.
Le premier fondement de la vertu, c'est de conserver notre être, et cela, selon les ordres de la raison. En conséquence, celui qui s'ignore soi-même ignore le fondement de toutes les vertus. De
plus, agir par vertu, ce n'est autre chose qu'agir selon les lois de la raison et celui qui agit selon les lois de la raison doit nécessairement savoir qu'il agit ainsi. Par conséquent celui qui
s'ignore soi-même, et qui partant ignore toutes les vertus, celui-là est le plus éloigné du monde d'agir par vertu ; d'où il résulte évidemment qu'il est impuissant au plus haut degré ; donc le
plus haut degré de l'orgueil ou de l'abjection marque le plus haut degré d'impuissance de l'âme.
(…)
Spinoza continue en disant :
Proposition 57
L'orgueilleux aime la présence des parasites, des flatteurs, et il déteste celle des gens de coeur.
L'orgueil, c'est la joie d'un homme qui pense de soi plus de bien qu'il n'est juste et cette opinion de soi-même,
l'orgueilleux s'efforce, autant qu'il est en lui, de l'entretenir dans son âme; par conséquent il devra aimer la présence des parasites, des flatteurs et haïr au contraire celle des gens de
cœur qui l'estiment son juste prix.
Spinoza commente ensuite ces deux propositions :
Je dois faire remarquer du moins que celui-là aussi est appelé orgueilleux qui pense des autres moins de bien qu'il ne faut ;
et dans ce sens l'orgueil peut être défini : un sentiment de joie né d'une fausse opinion qui fait qu'un homme se croit au-dessus de ses semblables. (…) On conçoit aisément que l'orgueilleux
soit nécessairement envieux et haïsse surtout ceux qui sont loués pour leurs grandes vertus ; et on comprend aussi que cette haine ne soit pas aisément étouffée par l'amour et par les
bienfaits, et que les hommes de cette espèce ne se plaisent que dans le commerce de ceux qui flattent l'impuissance de leur âme, et d'un sot font bientôt un insensé.
Séville me haïra-t-elle un jour ?
Dimanche 19 avril 2009
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Trouver, souvent plusieurs heures à l'avance, la meilleure place, filmer et photographier avec le même petit appareil perfectionné,
revenir au Corral transférer les images sur l'ordinateur, les trier, mettre en forme les photos, construire le film à l'aide d'Imovie, le partager sur Itunes, construire la page internet grâce à
Iweb, rédiger les textes et publier sur Mobileme. Voilà le plaisir d'une semaine sabbatique de temps mi-gras, si bienvenu maintenant plutôt qu'auparavant : le résultat est un site Internet sur
les processions filmées cette sainte semaine. Elle le fut vraiment !