Sport

Dimanche 11 janvier 2009 7 11 /01 /2009 23:35
Le Betis : club populaire de Séville, en vert andalou, contrairement au plus bourgeois F.C. Séville, blanc et rouge. Betista contre Sevillista, c'est une question existentielle pour chaque Sévillan au point même que quand un supporter de Betis regarde à la télé un match du F.C. Séville qui vient de marquer un but gagnant, il zappe sur un documentaire animalier !


Cet après-midi glorieux où la température est montée jusqu'à 15 degrés, c'était le derby andalou Betis (nom venant de la région "Betica" des Romains) - Malaga, gagné 2 à 1 par les Méditerranéens après l'expulsion de deux joueurs sévillans.

C'est à se demander si, perché au sommet d'une tribune donnant plein ouest, je n'ai pas plus apprécié le bain de soleil que la partie. Le coucher de soleil fut plus sublime que le score, scellé à la 92e minute. Pour 40 euros, c'est cher donné par rapport au 20 euros d'une concert au théâtre de la Maestranza où le Real Orquesta Sinfonica de Sevilla interprétait vendredi soir la Rhapsodie espagnole de Ravel.



Quelques images glânées font comprendre que le vert andalou m'est tendre.
Vert des orangers, du corral, de l'huile. Le vert est aussi la couleur de l’islam car elle est d’abord la couleur de l’étendard du prophète et de la robe d’Ali :  l'Andalousie, carrefour des cultures. Le vert est surtout avec le blanc la couleur même de l'Andalousie.


N'oublions pas que cette couleur ambiguë est aussi celle de la mort.

Putréfaction
du Betis ce soir...

Garcia Lorca a écrit dans un de ces plus célèbres poèmes, la Romance somnambule.

Verde que te quiero verde.
Verde viento. Verdes ramas.
El barco sobre la mar
y el caballo en la montaña.
Con la sombra en la cintura
ella sueña en su baranda,
verde carne, pelo verde,
con ojos de fría plata.
Verde que te quiero verde.
Bajo la luna gitana,
las cosas la están mirando
y ella no puede mirarlas.

Vert et je te veux vert.
Vent vert. Vertes branches.
Le bateau sur la mer,
le cheval dans la montagne.
L'ombre autour de la ceinture,
elle rêve à son balcon,
chair verte, verts cheveux
avec des yeux d'argent froid.
Vert et je te veux vert.
Dessous la lune gitane,
toutes les choses la regardent
mais elle ne peut pas les voir.


Samedi 31 janvier 2009 6 31 /01 /2009 18:43
J’aime les arènes de Séville, leurs couleurs symboliques de la ville. J’aime le baroquisme des costumes, la chaleur des places au soleil, l’entrée du taureau dans l’espace elliptique, la Giralda qui pointe au loin, la lumière du jour qui décline et qui permet, de trop rares fois, au duende de surgir. Bref, assister à une corrida à Séville relève parfois de la pure joie. Mais que de rares moments de bonheur pour de longs moments d’ennui !



Le dimanche de la Résurrection - Pâques chez nous - est le jour de la première corrida de la saison à la Plaza de Toros, la Real Maestranza de Séville. On a commémoré la mort du Seigneur pendant la semaine et sitôt ressuscité, il laisse la place aux hommes pour qu’ils domptent les forces occultes de la violence.


Combattre l’animal, c’est symboliquement montrer la toute-puissance de l’humanité sur les instincts et la barbarie. Cette position philosophique affirmant la transcendance et la liberté de l’homme qui peut s’arracher à la nature par la maîtrise de la force pure du taureau est-elle suffisante pour justifier la corrida ?

L’argument socio-culturel ne peut en tous cas faire loi : ce n’est parce qu’un peuple se mobilise pour des rites propres que ceux-ci sont forcément admirables. Et le dégoût des anti-spécistes qui condamnent une pratique faisant souffrir inutilement un animal est légitime.

Ce congé sabbatique clarifiera je l’espère mon rapport à ce « sport ». Je commence donc, grâce notamment à mon ami philosophe Fabrice Duclos, à suspecter ce type de joie. Mettre à mort volontairement un animal pour le plaisir d’affirmer sa transcendance ne constitue certainement pas un « moyen certain d'approcher de plus en plus du modèle que nous nous formons de la nature humaine », dans le sens que Spinoza donne à la notion d’ « humanité ».

Nous verrons ces prochaines semaines ce qu’il en sera mais, dans tous les cas, un soir orageux à Triana fait surgir les arènes comme dans aucun tableau peint. Et Séville sans la Real Maestranza, ce n’est plus Séville…


Jeudi 12 février 2009 4 12 /02 /2009 12:18
En plein centre de la ville moderne, près de la gare Santa Justa et d'un grand centre commercial, le quartier de Nervion abrite la stade Roman Sanchez Pizjuan, fief du F.C. Sevilla, l'ancestral rival du Betis. Hier les champions d'Europe espagnols accueillaient en match amical l'équpe d'Angleterre dans ce stade mythique pour moi et beaucoup d'autres.

J'ai beaucoup plus apprécié l'après-midi autour de Nervion que le match en lui-même. Assourdi par les trompettes de suppporters stupides et chauvins qui ont sifflé l'hymne anglais, je crois définitivement préférer regarder le foot à la télé. Les Anglais probablement anémiés par le froid sévissant outre-Manche n'ont rien montré et perdu 2-0.

Le stade est baroque dans la manière de se présenter :

L'une des céramiques évoque la Coupe du Monde 1982.

 

Le 8 juillet 1982, devant 70 000 spectateurs, la demi-finale de la Coupe du Monde de football oppose la France à l'Allemagne. Je le regarde dans la cuisine d'un paysan périgourdin déporté en Allemagne pendant la guerre, en buvant du Monbazillac : inoubliable moment de tension et d'émotion.

Classique opposition de style entre la rigueur tactique et physique d'une part et le jeu technique et offensif d'autre part, ce match est devenu l'une des rencontres légendaires de l'histoire de la Coupe du monde. Pour la première fois dans l'histoire de la Coupe du Monde, une rencontre va se jouer aux tirs au but. 3-3 après prolongations, mais 5-4 pour l'Allemagne.

Cette rencontre a fait dire à Michel Platini :"Aucun film au monde, aucune pièce ne saurait transmettre autant de courants contradictoires, autant d'émotions que la demi-finale perdue de Séville."

"Séville est à part. Moi, je le range définitivement dans le musée imaginaire du football. Dans cinquante ans, les enfants s'en donneront encore à cœur joie. Ils se bousculeront devant les images, afin d'observer ce qu'une défaite peut avoir de grandiose lorsque le champ de bataille est à la hauteur […]. D'une certaine façon, Séville n'est même plus un rendez-vous manqué. C'est un combat figé dans l'histoire du sport. » Pierre-Louis Basse.

 

Ce stade est un chaudron par sa disposition spatiale : il valait bien mon pèlerinage d'un soir.

 


Dimanche 15 février 2009 7 15 /02 /2009 18:14
La buena suerte, c'est la chance ! Et j'en ai toujours à Séville qui m'enrobe de sa fluidité, qui fait se dérouler les bons moments successifs de manière inattendue mais combien naturelle.

Aujourd'hui, je reviens chez moi au début de l'après-midi et devant le Corral, les costaleros de la confrérie de la Rédemption, ma voisine, s'entraînent.

Chaque Lundi Saint, ils portent le paso représentant le mystère du Baiser du Judas; le second paso, plus petit, est toujours en Andalousie le paso de palio (un paso recouvert d'un dais brodé) d'une statue de la Vierge, en l'occurrence la Vierge du Rocio.



Le film suivant est une absolue rareté que bien des journalistes auraient voulu filmer. C'est ma joie que de le diffuser, avec la gratitude de rigueur pour ces hommes qui se brisent la nuque chaque Lundi Saint.

Mardi 28 avril 2009 2 28 /04 /2009 18:58
Quinze jours après la fin de la Semaine Sainte s'ouvre le lundi à minuit la Feria de Abril accompagnée chaque jour d'une corrida de toros à la Maestranza.

L'espace de la fête est gigantesque, accueillant des centaines de casetas, des stands aménagés en petite maison, avec cuisine, salle à manger et espace pour chanter et danser des sevillanas.

Toutes les Sévillanes s'habillent en traje, des robes de flamenco à volants, plus exubérantes les unes que les autres. La réputation narcissique de Séville se confirme mais se nuance : on va à la Feria certes pour être vu et voir les autres nous voir.


Mais l'étranger non intrusif y est aussi accueilli à l'improviste par une manzanilla devant une caseta et la magie de la surface opère : couleurs, rythmes, Alegria (nom d'une marque d'une manzanilla tombant dans votre verre) et tapas gracieusement offerts. C'est ma surprise d'aujourd'hui.






Celle d'hier fut les deux oreilles gagnées par Manzanares après sa faena magnifique avec le taureau Pañedo. Avec et non contre, là est pour moi toute la nuance : la corrida, si elle n'est sûrement pas un art, reste, quand le taureau est brave et le torero inspiré par cette bravoure, un moment d'exception que la vidéo ci-jointe vous fait partager. La mise à mort parfaite fit se lever le public en transes et agiter les mouchoirs blancs.


Taureaux et robes à volants, chevaux et amazones, couleurs, danses et musique ; c'est tout Séville dans sa beauté lumineuse et sensuelle, dans sa frénésie douce, dans son euphorique - et illusoire ? - insouciance devant les 24 % de chômeurs d'Andalousie.
Mercredi 29 avril 2009 3 29 /04 /2009 15:23
Compromis entre une sorte de Bois de Boulogne et un jardin à l'andalouse, le parc Maria-Luisa combine le murmure des fontaines et une merveilleuse végétation, avec 3500 arbres. Statues, bancs, pavement, fontaines, l'azulejo est roi. Marie-Louise-Fernidande (entre parenthèses, hier, c'était la Saint-Fernand !) de Bourbon en fit cadeau à Sévillle en 1893. Il fut transformé par Forestier (sic), dessinateur de jardins français, qui conçut les pelouses et les haies, les étangs et les fontaines.

La fontaine des grenouilles



Quand je serai de retour, ce sont, j'en suis sûr, les moments de walking quotidien parmi ce havre de paix à l'abri de la circulation qui me manqueront, plus que mes Vierges, mes tapas, mon Corral et la lumière.

Beatitudo non est virtutis praemium, sed ipsa virtus
(
La béatitude n'est pas le prix de la vertu, mais la vertu elle-même). (Spinoza, Éthique V, prop. 42.)


 
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