Lundi 27 octobre 2008
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Vendredi Saint 21 mars 2008 à 9 heures du matin, c'est le passage, éclairé par le soleil levant, de la Vierge de l'Espérance de
la confrérie de la Macarena, l'image sainte féminine la plus sacrée, la plus aimée et la plus vénérée de Séville.
En ce moment à l'Hôtel de Ville de Séville sont exposés le paso et la manteau de cette Vierge, des chefs-d'oeuvre d'artisanat
sévillan.
Je vous fais partager quelques photos de cette belle exposition dont celle-ci, un détail de la broderie de la robe en velours vert de la
Vierge : c'est un ange joufflu tenant une banderole indiquant "Esperanza Nuestra".
Mardi 13 janvier 2009
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A Séville, l'actuelle vague de froid est la seconde plus glaciale des 15 dernières années. La température minimale a atteint deux jours de suite 0 degré, un chiffre qui s'était seulement produit en une seule occasion depuis
décembre 1994. La température minimale absolue la plus basse de l'histoire - au moins depuis que les chiffres existent - date du 12 février 1950 avec -5,5 degrés.
Qu’en tirer pour augmenter notre joie ?
Voir les champs d’oliviers gelés lors d'un voyage en train,
jouir de la lumière violente et crue de la ville,
jouer, emmitouflé, avec une chatte dans les jardins de l'Alcazar ...
L'inverse de la joie, c'est la tristesse, qui nous fait développer des passions diminuant notre puissance d'être. L'exemple
européen le plus frappant de cette réflexion spinoziste se trouvera facilement dans l'amertume (amargura) considérable développée par les Espagnols et les Neuchâtelois à propos de
l'incurie des pouvoirs publics à lutter conre la nature. Cuche et la ministre espagnole des transports sont sur la sellette.
C'est la raison pour laquelle la sonnerie de mon portable est la marche de la Vierge de l'Amargura, une célèbre effigie sculptée qui sort en procession le dimanche soir des Rameaux, cette année le 5 avril, jour des élections
neuchâteloises.
La preuve de mon amour pour la neige, mon canton (55 heures de plus d'ensoleillement en 2008 à La Chaux-de-Fonds qu'à
Neuchâtel, cf ce site), Séville et l'Amargura :
Mercredi 21 janvier 2009
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Montrer et être montré. La ville a ses parures dans ses rues, ses monuments, ses maisons. Pour se faire voir, elle se vêt de
cinq couleurs de base : le blanc de la pureté, le bleu du ciel, le vert de la vie et de la mort, le rouge brique de la passion, le jaune ocre du soleil (blanco, azul, verde, red,
amarillo)
Les mots sont-ils assez forts pour dire ce théâtre, pour faire sentir combien on est maternellement pris en charge par cette ville, la ville des Vierges ?
Peut-être pas si l'on en croit l'écrivain portugais que lit le héros du livre de Pascal
Mercier, Voyage en train à Lisbonne : "Sur mille expériences que nous faisons,
nous en traduisons tout au plus une par des mots, et même celle-là simplement par hasard et sans le soin qu'elle mériterait. Parmi toutes les expériences muettes sont cachées celles qui donnent
secrètement à notre vie sa forme, sa couleur et sa mélodie. Si ensuite, en archéologue de l'âme, nous nous tournons vers ces trésors, nous découvrons à quel point ils sont déconcertants.
L'objet de l'observation refuse de s'immobiliser, les mots glissent le long du vécu et à la fin il ne reste que des contradictions".
J'essaie de sortir de ce désarroi de l'impotence verbale par des images dont celle-ci qui a illuminé mon
matin.
ou celle-là, les arènes...
Dimanche 1 février 2009
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Le terme d'azulejos (de l'arabe "al zulaydj", pierre polie, et non de
l'espagnol "azul", bleu, étymologie qui semble évidente puisque la couleur bleue est la plus fréquemment utilisée) désigne un ensemble de carreaux de faïence (un azulejo)
assemblés en panneau mural. Séville, pour l'Espagne, possède de magnifiques panneaux.
Ces carreaux ou ces panneaux peuvent utiliser des motifs géométriques ou des représentations figuratives. On les trouve de longue date dans les intérieurs de bâtiments mais aussi en revêtement
extérieur de façade.
Cet art qui s'est développé dans toute la péninsule ibérique a été importé par les Maures lors de leur occupation. D'abord
non-figuratives (interdiction de la figuration dans les préceptes de l'Islam), les décorations deviennent figuratives avec l'essor de la faïence dans toute l'Europe. Ci-dessous les fabuleux
azulejos de l'Alcazar, du Mondrian avant la lettre.
Dans le quartier de Triana des manufactures existent encore dont l’une sera
bientôt transformée en musée. D’ailleurs le Christ de la confrérie de ce quartier, la O, est présenté dans une chapelle décoré d’azulejos du début du XXe siècle.
Les azulejos sont, au quotidien, la présence permanente et omniprésente de l'art de vivre hérité des Musulmans : la
joie de nos yeux n'est que le reflet, l'image, la présence de la joie divine. Immanence perceptive, sans nécessité d'une quelconque figuration de la transcendance. L'image ci-dessus est donc
un parfait syncrétisme culturel et, en conclusion de cette disgression, on comprendra mieux pourquoi Spinoza passa sa vie à polir des verres optiques...
Jeudi 26 février 2009
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Depuis hier jusqu'au dimanche des Rameaux, le Carême et 40 jours d'intenses préparations de la Semaine Sainte occupent tout
Séville. Le 5 avril, certains se battront pour leur siège mais mon coeur sera plutôt avec la Vierge de l'Amertume ou le Christ de l'Amour, dans un jour qui, s'il fait beau, est l'essence même du printemps et de la lumière. Ce printemps dont nous
gratifie aujourd'hui un oranger de la Place San Leandro avec une première fleur.
Depuis hier, les confréries redoublent donc d'activités pour exposer leurs effigies pendant cinq jours (des quinarios) dans l'autel de l'église ou de la chapelle, avec des décorations florales sophistiquées rappelant les pasos de la
Semaine Sainte. Ainsi le Christ de la Fondation de la confrérie des Nègres (Negritos), qui fut la
première dès le XVIIe siècle à intégrer des noirs se présente dans toute son humanité splendide.
D'autres sortent leur statue dans des Via Crucis qui parcourent le quartier en s'arrêtant dans chaque église. Ainsi le
Christ des Cinq Blessures de la confrérie de la Trinité s'est fait hier soir porter dans l'église du couvent Santa Isabel dont j'ai déjà parlé pour ensuite faire une station devant la Vierge des Douleurs de la confrérie des Servites.
Dans la basilique de la Macarena, la Vierge de l'Espérance est habillée en hebrea (en juive, c'est-à-dire pas encore Mère du Seigneur) dans une tenue qui n'a de baroque que les
savantes plissures.
Voilà pour le théâtre religieux, indéniablement porteur d'une joie spirituelle pour
les fervents des confréries.
Mais la proclamation de la joie du Carême a lieu aussi ailleurs : dans l'encens qui sort des églises et même des rues où il est en vente sous différents mélanges.
La proclamacion del gozo se manifeste aussi dans les torrijas de miel
qui commencent à se déguster dans toutes les pâtisseries : ce sont des tranches de pain
brioché grillées et trempées dans du vin blanc et du miel. Quand les orangers embaumeront la ville, dans quelques semaines, les torrijas seront le complément nécessaire, à nos
narines, de notre palais.
Mardi 10 mars 2009
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"Sevilla hay que vivirla en primavera. Se acerca el buen tiempo y la gente esta mucho mas feliz, sera porque llegan las
fiestas o por tener luz hasta tarde. Mientras, Sevilla empieza a preparar su fondo de armario para lucir guapa. Dicen que va a ponerse preciosa."
"Séville il faut la vivre au printemps. Le beau temps se rapproche et les gens sont beaucoup plus heureux parce que les
fêtes arrivent et qu'ils jouissent des journées plus longues. Pendant ce temps, Séville commence à préparer son fond d'armoire pour resplendir dans sa beauté. On dit qu'elle va devenir
précieuse."
Voilà ce qu’on pouvait lire dans un article du Correo de
Andalucia dimanche. Et c’est spectaculaire : les orangers prêts à faire exploser leurs fleurs blanches – je n’utiliserai pas un autre verbe à connotation plus
érotique,
les températures qui grimpent presque anormalement au point d’atteindre 28 degrés en fin de semaine si la météo ne se
trompe, les soirées qu’on peut passer à manger sur la galerie du Corral, les glaciers qui ouvrent leurs échoppes, les églises qui repeignent leurs murs.
Suerte, disent ici les gens avant de se quitter pour une prochaine
fois. Tout de bon : bonne continuation, porte-toi bien, que le "bon sort" t'accompagne
!
Séville me porte toujours chance mais aujourd'hui à 11 heures du matin, c'est inespéré.
Mercredi 11 mars 2009
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Séville commence à "lucir guapa", écrivions-nous hier pour dire comment la ville se fait belle, comment sa beauté
commence à devenir lumineuse. Pour qui donc sont offerts tous ces atours si précieux ?
La Vénus au miroir du Sévillan Velazquez nous aide, de son londonien exil à la National Gallery, à
répondre.
Il y a trois manières de voir et comprendre ce chef-d’œuvre de l’histoire de l’art, peut-être plus émouvant encore que
Les Ménines, pour percer le mystère de la ville-femme : à qui se donne-t-elle à voir ?
D’abord, c’est le don narcissique de soi à soi : Vénus se regarde dans son miroir et s’admire comme Narcisse. On la voit
se mirer, de l’extérieur, et jouir de sa beauté. Telle est Séville à longueur d’années.
Autre vision du tableau : la Vénus regarde le spectateur qui l’admire et, dans ce jeu mis en scène, devant le rideau
ouvert, elle se pare de ses atours dans le théâtre de soi-même. Telle est la Séville baroque pendant la Semaine Sainte primaveral, le plus grand opéra du monde, et la Feria, on
le verra bien : regardez comme je suis belle quand je vous le montre si bien.
Bien improbable ultime interprétation du tableau, Vénus, dans son humble et fragile beauté qu’elle sait sublime, s’ouvre
au vertige de regard de l’autre : ne reste pas à m’admirer, je t’aime et aime-moi s’il te plaît. La femme s’ouvre au mystère de l’autre dans une relation éthique d’égale à égal. Telle n’est
jamais Séville.
Dimanche 22 mars 2009
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La ville vibre de l’imminence des Rameaux. Le passant curieux jette un œil à travers un portail, ouvre une porte d’église à
midi, pénètre dans un atelier. Les confréries sont à préparer leurs pasos dans une effervescence concentrée, les confrères font fabriquer leur capirote, chapeau pointu.
Psychologiquement, la Semaine Sainte de cette année s’annonce très difficile puisque
depuis 2001 il a toujours plu au moins un jour, ce qui ruine l'attente et l'espoir des membres et amoureux de telle ou telle confrérie qui no sale a la calle. Esperanza décue
!
La pluie sainte est la mala suerte fondamentale du Sévillan. Un article paru aujourd’hui dans le journal local interroge un psychiatre sur les effets psychologiques des semaines saintes
pluvieuses. Insécurité, intranquillidad et frustration inconsciente touchent le malade atteint par les facteurs externes qui ternissent ces moments de vie tant attendus. Avec le temps
sublime qui ne cesse d'illuminer la ville depuis le 11 février (sauf cinq jours), tout est à craindre pour le 5 avril si on croit à la loi des séries.
N’est pas stoïcien qui veut et c’est la raison pour laquelle demain je serai à Cordoue dans un hôtel de la place Sénèque. Le grand philosophe est né dans cette ville et cette année peu m’importe
les choses qui ne dépendent pas de moi : logique, non ?
Samedi 28 mars 2009
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Sur la place du Salvador, siège du Christ tant aimant et d’urbains botellones du jeudi soir, s’érige un kiosque à journaux
vert. Le panneau latéral est orné d’affiches de la Semaine Sainte ; perdu dans un coin à côté des photos du Christ de la
Victoire et de la Vierge de l’Amertume, un exemplaire d’un livre d’Henri Miller,
Sexus.
Si Séville m’offre ce que j’ai à dire d’elle depuis six mois, que je m’ouvre à cette invite du pur et de l’impur, une facile
nourriture spirituelle de Carême bien à nous !
Jeudi 9 avril 2009
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Afin de regrouper et évangéliser les Noirs de Séville à la fin du XIVe siècle, le cardinal Mena fonda une confrérie à
l'hôpital de Los Angeles et jusqu'au XIXe siècle ne pouvaient faire partie de la Hermandad de los Negritos que des frères de couleur. Dans la chapelle des Anges ce matin, le
paso de la Vierge du même nom est blanc de fleurs. Pour la première fois, des tulipes et du jasmin, à la place des roses, oeillets ou hyacinthes plus traditionnels. Il est vrai qu'on n'a jamais
vu des orchidées noires dédiées à l'Imaculada.
Ce soir, la rentrée du paso par la place de la Luzerne promet des senteurs champêtres ... ou urbaines.
Vendredi 10 avril 2009
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Un capirote de la conférie des Gitanos, après la rentrée du
paso dans son église, à 14 h. 00
La Soledad de Saint Bonaventure à 18 h. 45 sur la Plaza Nueva.