Lundi 3 novembre 2008
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11:47
10 mai 2007, 13 h. 30, jardin de l’Alcazar. Ce sont les dernières heures à Séville du voyage d’étude de ma classe. Trois jeunes filles aux prénoms floraux, Maïka, Amandine et Florence, illuminées par la douceur printanière et la
semaine vécue, posent devant une camarade.
La photographie m’a été gracieusement, c’est le cas de le dire, mise à disposition. Je m'autorise à la diffuser ici, dans
l'optique, téléologique, de cette participation - spinoziste - à la nature divine.
Deus, sive natura, (Dieu ou la nature) disait le grand philosophe. Rien de transcendant, immanence de la visée spirituelle et de la vie des corps,
éternité ici-bas.
J'aime beaucoup cette photographie : elle est essentielle, elle aussi, pour comprendre dans Séville la pureté de
l'immanence.
Cette ville où les femmes de la rue ressemblent aux statues des églises.
A l’ombre de ces jeunes filles en fleurs, les belles plantes du plus beau jardin du monde, l'Alcazar, qui sera à Séville un de mes lieux favoris de
réflexion et de repos. Surtout que son entrée est gratuite pour les résidents…
Mardi 2 décembre 2008
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18:56
A l’entrée du Corral, la verdeur immaculée d’un bananier. La belle plante nous accueille sans jamais
nous faire sentir l’hiver, même le 1er décembre 2008.
Le bananier n'est pas un arbre mais plutôt une herbe géante s'élevant parfois à plus d'une douzaine de mètres de haut. C'est une
plante vivace à grandes feuilles renfermant 80% d'eau.
Le bananier n’a pas de tronc car il ne contient pas de bois: c'est la superposition des feuilles qui le maintient érigé : un
poireau géant.
Lorsque le bananier atteint sa maturité, la fleur apparaît.
C'est une fleur complexe qui pointe vers le ciel avant de se déployer vers le bas avec un bourgeon mâle souvent en forme de
coeur.
Avec ce régime, de couleur et de lumière, le printemps est en Avent ...
Mardi 2 décembre 2008
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19:47
Des poèmes d’Antonio Machado, poète né à Séville le 26 juillet 1875 à Séville et mort le 22 février 1939 à Collioure, tirons ces
quelques vers sur l’oranger, toujours l’oranger, allumant en hiver Séville de ses "fruits chargé".
Fresco naranjo del patio querido,
del campo risueño y el huerto soñado,
siempre en mi recuerdo maduro o florido
de frondas y aromas y frutos cargado!
Oranger frais de la cour aimée,
du champ souriant et du verger rêvé,
toujours dans mon souvenir mûr ou fleuri de
frondes et de parfums et de fruits chargé!
Le premier de mes beaux orangers est celui du Corral del Conde dont on se réjouit
d’avance de suivre l’efflorescence de l’an nouveau.
Puis d’autres en ce début décembre, dont ceux de ma place préférée, la Plaza
San Leandro, en face du couvent des nonnes augustines, faiseuses d'angéliques jaunes d'oeufs au sucre (yemas)...
... et ceux-ci près de la place du Bon Succès.
Jeudi 8 janvier 2009
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Après la nuit des Rois, Séville fête en famille l'Epiphanie. Rues désertes, commerces fermés, une ville non pas morte mais
mobilisée pour affronter trois mois de travail sans fêtes. La prochaine est la Semaine sainte qui commence le 5 avril. Election programmée...
Les étoiles de Noël se fanent devant les Archives des Indes. L'oranger est rabougri, comme pour
signifier le dur labeur qui attend le commun des Andalous avant la nouvelle floraison.
Tout le monde ne fait pas son sabbat, étoile de nos vies.
Vendredi 9 janvier 2009
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23:30
Le journal sévillan le plus complet est avec le Correo de Andalucia le Diario de Sevilla. Chaque jour Carlos Colon y tient une chronique. En
pur Sévillan, il sait que sa ville est unique; quant au reste du monde, j'ignore s'il le connaît: les Sévillans sont nombriliques, ce qui ne les empêche pas de
philosopher.
Ainsi, hier matin, Colon s'émouvait d'un lever de soleil sur sa ville où le ciel gris était barré d'une bande lumineuse. Et il
ajoutait : "Porque la belleza aguarda siempre, escondida en las cosas, camuflada en la cotidianidad, disfrazada de rutina, esperando darse a quienes saben que los dones mayores son gratuitos
y que toda la belleza del mundo está en los ojos de quienes saben contemplarla."
(...) "La beauté attend toujours, cachée dans les choses, camouflée dans la quotidienneté, déguisée en routine, attendant de se donner à ceux qui savent que
les plus grands talents sont gratuits et que toute la beauté du monde est dans les yeux de ceux qui savent la contempler."
Quant à moi, ces deux derniers matins m'ont bien révélé que je n'ai pas de talent d'écrivain, à peine de philosophe, mais que, peut-être, je sais, et veux, capter les belles choses.
Ainsi, dans le train qui me ramenait de Caceres, en Extramadure, le soleil se levait sur les champs d'oliviers gelés après une nuit glaciale de moins 5 degrés.
Ainsi, ce matin, au Corral del Conde, le soleil se levait devant une branche de jasmin qui projetait son ombre sur le mur.
Des poètes en ont fait, en font, et en feront des vers.
Moi pas.
Samedi 10 janvier 2009
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21:49
Les jardins de l'Alcazar un jour "glacial" de janvier. Il faisait zéro
degré à 7 heures et les Sévillans redoutaient ou espéraient une neige qu'ils n'ont plus vue depuis 1946.
Le Sévillan que je suis un petit peu, par certificat de location d'appartement interposé, a droit à l'entrée gratuite dans ces
merveilleux jardins. J'en éprouve une fierté certaine.
Dans une petit patio intérieur, s'érige devant nous l'ancien minaret de la mosquée, devenu clochet de la cathédrale, la Giralda, la girouette, surnom attribué à la statue du Triomphe de la
Foi tournant sur son socle au gré des vents.
Dans le patio, cette citation de Luis Cernuda, un poète sévillan. Sa poésie méditative dans sa contemplation élégiaque du monde mérite cet hommage.
Le ciel était d'un bleu limpide et pur, glorieux de lumière et de chaleur.
Entre les calottes des palmiers, au-delà des terrasses et des galeries blanches qui couronnaient le jardin, une tour grise et ocre s’érigeait
svelte comme le calice d'une fleur.
Jeudi 22 janvier 2009
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17:45
Dans le parc de l’Alamillo,
les arbres passent,
dénudés,
leur court hiver.
Isolé dans ce désert,
un oranger splendide,
souverain,
mais seul.
Je voudrais y voir l’image de l’ataraxie.
Dimanche 8 février 2009
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16:06
Après deux semaines passées dans un froid frigorifique, tant dans le Jura qu'à Londres, perturbée comme jamais en 20 ans par 20
centimètres de neige, le retour à Séville nous offre les premières fleurs de bougainvillés. L'attente ou l'espérance du printemps ne rime à rien puisque sitôt désiré, il est là au Corral.
Ce rythme du cycle de vie est particulier: c'est en janvier qu'on taille les orangers et qu'on fait les jardins. Et en février déjà, les fleurs reviennent.
Mardi 17 février 2009
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18:24
Pourquoi passer six mois sabbatiques à Séville ? La question souvent posée se résout dans une réponse simple : pour voir le
printemps arriver.
Séville, insupportable en été et bien humide en décembre et janvier, ne vit que pour le printemps. Nombre de poètes ont chanté cette saison bénie, et on doit y
voir surtout un sens symbolique qui se décuple en Andalousie : c’est le retour de la vie, la naissance d’un monde chaque fois neuf, l’espérance d’une résurrection annuelle des âmes et des
corps.
Le printemps culmine dans la Feria de Abril, deux semaines après la fin de la Semaine Sainte mais se
montre déjà depuis une semaine. Pendant que ma ville natale croule sous la neige et le froid, dans Séville, les hirondelles sillonnent le ciel crépusculaire et, surtout, naissent des follicules
de fleurs d’oranger sur la place San Leandro et dans le Corral. Dans même pas un mois, les premières vont éclore et envelopper la ville d’un cocon amniotique.
Rien de baroque ici, mais la simplicité touchante d’un petit embryon dont on aurait aimé que Ponge l’eût connu.
Samedi 14 mars 2009
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16:06
Avec 28,2 degrés sous abri, la température de cet après-midi du 14 mars 2009 n'est pas loin d'approcher des records puisque le
maximum jamais atteint dans un mois de mars fut en 1955, le 24, avec 30,8. Ces quelques jours inhabituels et bénis pour les Jurassiens sabbatiquants ont fait exploser le printemps et en
particulier les orangers et les autres arbres symboliques de la Semaine Sainte puisque tout, en somme, s'y rapporte pendant le Carême sévillan.
Le nom de cet arbre lui vient de sa région d'origine et selon la légende, un des douze disciples de Jésus se pendit à ses branches.
Ses fleurs sont les larmes du Christ, et leur couleur, pourpre, la couleur de la honte du traître.
C'est un arbre de Judée et le Corral del Conde est justement à côté de l'église de la confrérie du Baiser du Judas qui
effectue sa procession le lundi de la Semaine Sainte : j'en ris !
Jeudi 23 avril 2009
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16:34
Où trouver l’équivalent du Jura en Andalousie ? L’incongruité de la question n’est qu’apparente car notre puissance
d’exister va avec la nature silencieuse, les paysages sans fin, la flore éclatante et les villages préservés de l’hypermodernité. J’ai donc trouvé Guadalcanal, à 100 km au nord de Séville. Etalée
dans la Sierra Norte, la petite ville confine à l’Extramadure que deux trains par jour relient à Séville. Rares encore les sentiers européens où l’on ne voit ni ne croise personne pendant trois
heures de marche. Guadalcanal a bien la prétention d’attirer les touristes en été mais qu’irait-on faire dans une fournaise alors que le printemps est dans sa gloire ? La preuve est que les
orangers, à hauteur d’homme, y sont maintenant en train de fleurir.
Cliquer ici pour le diaporama
Vendredi 1 mai 2009
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Les Sevillanas sont, bien sûr aussi, des danses andalouses reposant sur des chansons à quatre strophes. Carlos Saura en
a fait un film qui est un chef-d'oeuvre. La sevillana proposée dans mon montage, Que Séville est belle, est tout
indiquée pour illustrer le thème choisi aujourd'hui 1er mai. Tout le monde est à la Feria, le reste de la ville est désert comme on ne pourrait l'imaginer, le printemps jubile malgré
les 24% de sans-emploi, les parados.
Séville se mire en elle-même, les faroles décorent les allées de le Feria, les femmes resplendissent avec leurs
trajes flamencos à volants; c'est l'allégresse sympathique, les chevaux et les carrosses défilent, les guitares jouent, les mains battent en accompagnement. On mange, on boit, on
chante et on danse jusqu'au matin : bailar, cantar, tocar, beber y comer. Ce qui pourrait paraître folklorique révèlerait en fait l'essence de la ville : c'est ce nous "chante" la
chanson.
Mais en 2009, la Feria n'échappe pas à l'hypermodernité la nuit venue : bruit incessant des stands sursonorisés, botellones par-ci par-là, nourriture de cantine, casetas
surchauffées humides de sueur et de fumée et même un meurtre au poignard vendredi à 3 heures du matin. Séville croit se mirer en elle-même sans avoir la pérennité de la Vénus de Vélazquez...
En cliquant ici, vous pourrez voir et entendre des
Sevillanas.
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola
Que guapa que está Sevilla
Huele a nardo y manzanilla
Primorosa jubilosa
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola.
Faroles y cadenetas
Adornando las casetas
Luminosa deliciosa
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola.
Peineta, flor y mantilla
Y un rosal en la mejilla
Misteriosa fabulosa
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola.
II
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola
Las niñas con sus volantes
Y la gracia en el semblante
Simpatía y alegría
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola.
Los mozos con el sombrero
Y su traje de campero
Valentía gallardía
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola
Y en medio de los paseos
Los caballos y el jaleo
Fantasía picardía
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola.
III
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola
Sevilla es jardín florío
De brillantes colorios
Azucena Macarena
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola.
Abril llena la ventana
De sus casas de Triana
De verbena y hierbabuena
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola.
Giralda y torre del oro
De los tiempos del rey moro
Flor morena y agarena
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola.
IV
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola
Guitarras y castañuelas
Palmas cante y noche en vela
Que salero pajolero
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola.
Fandangos y sevillanas
Por la noche y la mañana
Y en el río los navíos
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola.
No hay como Sevilla
Que en la feria luce y brilla
Emociona y maravilla
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola.