Jeudi 30 octobre 2008
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Azahar c’est en espagnol, la fleur d’oranger, terme issu de l’arabe zahara. C’est la reine des fleurs méditerranéennes, qui parfume aussi bien le nord de l’Afrique que le sud de l’Espagne. Deux régions, deux
cultures qui ont jadis su se marier pour donner naissance à une entité riche sur le plan philosophique et artistique.
AZAHAR
poème de Miguel Hernandez (1910-1942)
Frontera de lo puro, flor y fría.
Tu blancor de seis filos, complemento,
en el principal mundo, de tu aliento,
en un mundo resume un mediodía.
Astrólogo el ramaje en demasía,
de verde resultó jamás exento.
Ártica flor al sur: es necesario
tu desliz al buen curso del canario.
Quand elle passe
Vendredi Saint
A trois heures du matin
Dans la rue Francos
Alliance de la fleur et du froid
Frontière du pur
Et de l'impur.
Jeudi 19 mars 2009
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Le mot ekphrasis (en grec expliquer et dérouler jusqu’au bout) désigne un procédé
rhétorique qui établit la relation entre la représentation d’un monde artistique et un autre, dans le cas de ce blog entre de belles images du monde réel et mes pauvres mots qui essaient de les
commenter ou les illustrer. Nombre d’artistes éminents ont su dire une peinture dans un poème ou un morceau de musique. Psychologiquement, l'ekphrasis consisterait donc en une
description ou représentation d'un objet telle qu'on croit vivre la situation présentée.
Comment exprimer jusqu’au bout du possible des mots la senteur des
fleurs d’orangers qui envahit de jour en jour la ville chérie, qui transcende les gaz d’échappement dans les carrefours et saisit les narines sur la place San Leandro où souffle une brise
du levant ?
Comment rendre compte le plus objectivement possible des caractéristiques olfactives de l’azahar pour en donner une idée
à ceux qui n’ont jamais mis les pieds au printemps à Séville ? Apaisante, suave, entêtante, sédative, intensément florale, lourde, chaude, riche et durable, ce sont encore des mots-images.
Hespéridée aurantiacée, c’est tautologique de l’orange.
Le socle scientifique d’une meilleure approche pourrait nous être donné au travers des trois grandes dimensions des
odeurs.
a) L’intensité, la puissance à laquelle nous percevons une odeur. Pour une odeur donnée, cette intensité est extrêmement variable
d’un individu à l’autre puisque nous ne possédons pas les mêmes récepteurs. Néanmoins, sur une échelle de 1 à 10, on a de fortes probabilités d’atteindre avec l’azahar une perception
olfactive intense.
b) La tonalité, la dimension hédoniste de la sensation olfactive. Pour une odeur donnée, cette dimension est également très
variable, puisque liée à l’expérience de chacun par rapport à elle. Dire qu’une odeur est bonne ou mauvaise n’a pas de sens, il faudrait plutôt parler en terme de sensation propre. Donc : «
J’aime ou je n’aime pas cette odeur… ». Je connais des amis qui ne supportent pas la fleur d’oranger alors qu’elle est ma préférée comme pour beaucoup de Sévillans.
c) La qualité, la reconnaissance d'une odeur. Lorsque nous sentons une odeur, nous la percevons avec une certaine qualité qui lui
confère sa propre identité. C’est cette identité qui nous permet de la différencier des autres, de la reconnaître et même parfois, de pouvoir la nommer. On en revient au début du cercle :
apaisante, suave, entêtante, sédative, intensément florale, lourde, chaude, riche et durable…
Le fait est que je ne peux vivre sans elle.
Jeudi 2 avril 2009
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Avril est là, les dernières oranges amères sont enlevées des arbres par les jardiniers municipaux.
Dimanche des Rameaux s’annonce sous la chaleur et le ciel bleu.
Tout est à moitié consommé : j’ai imaginé ma confrérie, vécu l’arrivée du printemps, voyagé en Andalousie et essayé de démystifier
Séville. Pures joies.
Les prochains articles de ce blog vivront leur Carême, un peu tardif : maigres d’images et de textes mais métonymiques de chaque
jour vécu jusqu’au Dimanche de la Résurrection, le « lundi saint » suisse étant ici une aberration mentale.
Donc, aujourd’hui à vélo, il fallait expérimenter la vitesse de 15-20 kilomètres-heure pour sentir la ville : des fleurs d’oranger
on passe au puissant jasmin des jardins de Murillo et on ne peut que penser à Juan Ramon Jimenez, le grand poète andalou prix Nobel de littérature 1956.
Du jasmin sévillan, il a tiré ces beaux vers :
Son musicas de oro
blanco, que surgen solas, de repente,
como ascension de candidos jardines ;
un coro
agudo de jazmines
celestes, bandolines,
arpas y violines
que tanen arrobados serafines...
Ce sont des musiques d’or
blanc, qui surgissent seules, tout à coup,
telle une ascension de candides jardins ;
un choeur
aigu de jasmins
célestes, mandolines,
harpes et violons
que jouent des séraphins en extase...
Vendredi 17 avril 2009
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J'ai déjà parlé de l'ekphrasis, cette manière de
tenter, par des mots ou d'autres moyens artistiques, d'exprimer un moment vécu intense. Il y près d'un siècle, Juan Jamon
Jimenez, dans un poème intitulé Madrugada de Viernes Santo (Sevilla) a traduit en vers ces secondes extatiques et brefs où un paso orné de fleurs passe dans une rue alors qu'une
femme chante une saeta.
Las flores no se duermen, esta noche, y derraman
en la brisa infinita esencia de colores;
gargantes de mujeres que ne se ven, declaman
en un cristalear partido de dolores...
Les fleurs ne dorment pas, cette nuit, et éparpillent
dans la brise infinie des essences de couleurs;
gorges de femme qu'on ne voit pas, déclamant
dans un cristal cassé de douleurs...
Le moment vécu, Vendredi Saint dans la rue Francos à 23 heures 58, est en partie restitué par
l'éphémère vidéo. Elle montre le paso, avec ses camélias et ses fleurs d'oranger ("essences de couleurs"), capte la saeta, masculine, fusant d'un balcon proche, mais ne peut, hélas pour
vous et malgré les efforts du nez de la caméra, diffuser les effluves de l'azahar.
Longtemps je me suis couché de bonne heure...