Lundi 13 avril 2009
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La municipalité sévillane publie chaque mois un bulletin d'informations. A la sortie de la corrida de
la Résurrection, ennuyeuse à mourir, j'ai ramassé ce feuillet bien documenté. Le "logo" de la ville y apparaît : orgueil sévillan égale orgueil universel.
Voilà confirmées mes analyses de la mentalité profonde de la
ville tant aimée. Quelle joie alors en tirer puisque ce séjour devrait augmenter ma puissance d'être ? Dans ce cas, le bonheur n'est pas dans l'opuscule au slogan ridicule mais à la relecture
d'extraits du 4e livre de l'Ethique de Spinoza consacré à la servitude humaine.
Ce passage tiré des propositions 56 et 57 est tout simplement magnifique. Je ne pousserai pas le bouchon jusqu'à l'envoyer au maire socialiste.
Proposition 56
Le plus haut degré de l'orgueil comme de l'abjection marque le plus haut degré d'impuissance de
l'âme.
Le premier fondement de la vertu, c'est de conserver notre être, et cela, selon les ordres de la raison. En conséquence, celui qui s'ignore soi-même ignore le fondement de toutes les vertus. De
plus, agir par vertu, ce n'est autre chose qu'agir selon les lois de la raison et celui qui agit selon les lois de la raison doit nécessairement savoir qu'il agit ainsi. Par conséquent celui qui
s'ignore soi-même, et qui partant ignore toutes les vertus, celui-là est le plus éloigné du monde d'agir par vertu ; d'où il résulte évidemment qu'il est impuissant au plus haut degré ; donc le
plus haut degré de l'orgueil ou de l'abjection marque le plus haut degré d'impuissance de l'âme.
(…)
Spinoza continue en disant :
Proposition 57
L'orgueilleux aime la présence des parasites, des flatteurs, et il déteste celle des gens de coeur.
L'orgueil, c'est la joie d'un homme qui pense de soi plus de bien qu'il n'est juste et cette opinion de soi-même,
l'orgueilleux s'efforce, autant qu'il est en lui, de l'entretenir dans son âme; par conséquent il devra aimer la présence des parasites, des flatteurs et haïr au contraire celle des gens de
cœur qui l'estiment son juste prix.
Spinoza commente ensuite ces deux propositions :
Je dois faire remarquer du moins que celui-là aussi est appelé orgueilleux qui pense des autres moins de bien qu'il ne faut ;
et dans ce sens l'orgueil peut être défini : un sentiment de joie né d'une fausse opinion qui fait qu'un homme se croit au-dessus de ses semblables. (…) On conçoit aisément que l'orgueilleux
soit nécessairement envieux et haïsse surtout ceux qui sont loués pour leurs grandes vertus ; et on comprend aussi que cette haine ne soit pas aisément étouffée par l'amour et par les
bienfaits, et que les hommes de cette espèce ne se plaisent que dans le commerce de ceux qui flattent l'impuissance de leur âme, et d'un sot font bientôt un insensé.
Séville me haïra-t-elle un jour ?