Mercredi 25 mars 2009
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La Vierge de l’Esperanza de Triana, sculptée au XIXe siècle, est une des plus aimées de Séville, en particulier dans son
quartier de l’autre côté du fleuve. Les Gitans y ont toujours vécu et, pudique, le clergé y avait établi le tribunal de l’Inquisition après la Reconquista. Sa procession spectaculaire (ornement floral exubérant, portage swinguant du paso) se déroule pendant le petit matin
(madrugada) et la matinée du Vendredi Saint. Cette Vierge est dite d'espérance et contrebalance la douleur de la mort du fils de Dieu, imagée dans la procession qui la précède
avec le Christ du Calvaire.
La confrérie de l'Esperanza de Triana conserve ses images saintes dans la minuscule chapelle des Mariniers de la rue
Pureza et pendant le Carême, les cinq jours de son quinario font resplendir aux fidèles la Vierge dans l’église voisine de Santa Ana.
La messe finale de ces cinq jours d’actions de grâces à cette beauté andalouse se déroule le 4e samedi du Carême selon un rite complexe imperméable aux profanes, trivial et sublime pour
moi.
Trivial quand le clergé catholique compassé (curés, garçons de chœur, confrères et autres subalternes) fait le tour de l’église avec le Saint Sacrement protégé par un vilain dais. Emouvant
quand les fidèles chantent l’hymne final à la Vierge et sublime quand l’athée, fidèle au protestantisme d'antan, peut s’approcher de l’autel où l’Esperanza se donne en offrande florale
et, ce samedi-là, philosophique.
Fin de la messe du quinario de l'Esperanza de Triana, 4e samedi de Carême 2009
Sa grâce éclaircit l’esprit pour réussir enfin à dialectiser les paradoxes de mes croyances et désirs.
En bref, je crois que Jésus Christ, immense penseur de l’égalité et de l’amour, du fini et de l'infini, n’est pas le fils de Dieu ni qu'il y a une vie après la mort dans un quelconque
royaume : je ne passe pas pourtant une vie militante à l’affirmer, mon athéisme est "négatif" comme le dirait André Comte-Sponville. Croire que Dieu n'existe pas n'équivaut pas à affirmer
qu'il n'existe pas, "athéisme positif".
J’aime en outre que la foi - des autres - soit avant tout intérieure, même dans l’exubérance, et qu’elle
seule justifie leurs croyances sans une hiérarchie institutionnelle de prêtres, déjà abhorrée par Voltaire, chapeautée par le maudit actuel.
Et j’adore voir les belles images saintes chrétiennes, peintures ou sculptures de l'art baroque en particulier, qui parlent à mon cœur sensuel et qui m'ouvrent à l'infini de l'immanence. Il
n'y pas de transcendance, seul le réel est perfection et seul ce qu'en lui je désire est bon pour moi.
Si, à partir de ces trois prémisses, socle enfin défini de mes croyances, je pouvais fonder la confrérie des athées réformés baroques, je m’engagerais dès demain, avec un siège officiel dans
des jardinets saints chaux-de-fonnier et sévillan.
Ornement floral 2008 du paso de l'Esperanza de Triana
Ornement floral 2003
Ornement floral 2004