Jeudi 5 mars 2009
4
05
/03
/2009
18:00
Shakespeare est un des piliers du baroque européen. Ses pièces
alternent la trivialité des fossoyeurs vulgaires trouvant un crâne en bêchant la terre avec la sublimité des questions métaphysiques d’Hamlet sur le sens de la vie et de la mort. Ne nous
trompons pas en pensant que le rapport de Séville avec la mort ne passe que par de sublimes Christ crucifiés exposés dans les églises et processionnant lors de la Semaine
Sainte.
Christ de l'Amour (Juan de Mesa, 1620) exposé pendant cinq jours
dans le choeur de l'église du Salvador
Christ du Sang de la confrérie de San Benito
Il est cruel et proprement démoralisant d’aller se promener dans le cimetière San Fernando, qui ne mérite pas une photo, pour
s’en convaincre.
Entrée minable dans le trafic d’un grand boulevard périphérique, stands misérables de fleurs artificielles, douteuse chapelle de
cérémonie, allées non goudronnées boueuses sous la pluie, tombes peu entretenues, fleurs artificielles défraîchies et, dans le fond de cet horrible lieu public, des sépultures en étages où les
cercueils emmurés côtoient des cases vides à l’abandon.
Qu’on ne l’oublie pas, lit-on souvent sur les gerbes de fleurs posées sur des tombes. Dans cette ville, le mort à peine
enterré ou emmuré passe au contraire dans les oubliettes de la mémoire. Ce paradoxe, incompréhensible et choquant pour moi qui aime me promener dans ces concentrés de civilisation que sont les
cimetières, peut se formuler ainsi : comment une ville qui sublime la mort de Dieu fait homme dans un théâtre sophistiqué peut-elle à ce point rendre la mort des hommes aussi triviale et
désincarnée ?
La différence avec Shakespeare est que celui-ci humanise le trivial et le grotesque, ce que Séville, à ma grande surprise, ne
fait pas avec ses disparus.