Mercredi 4 février 2009 3 04 /02 /2009 08:47
Quoi de plus commun
Qu’un hareng à 30 centimes,
Que des anchois et des sardines frits ?

Les bars et marchands de Séville
Les ennoblissent.


Anchois blancs frits du bar Eslava


Arenques de M. Perez au marché de l'Encarnacion



Sardines frites à la mode de Malaga du bar Eslava
Dimanche 1 février 2009 7 01 /02 /2009 15:51

Le terme d'azulejos (de l'arabe "al zulaydj", pierre polie, et non de l'espagnol "azul", bleu, étymologie qui semble évidente puisque la couleur bleue est la plus fréquemment utilisée) désigne un ensemble de carreaux de faïence (un azulejo) assemblés en panneau mural. Séville, pour l'Espagne, possède de magnifiques panneaux.

Ces carreaux ou ces panneaux peuvent utiliser des motifs géométriques ou des représentations figuratives. On les trouve de longue date dans les intérieurs de bâtiments mais aussi en revêtement extérieur de façade.


Cet art qui s'est développé dans toute la péninsule ibérique a été importé par les Maures lors de leur occupation. D'abord non-figuratives (interdiction de la figuration dans les préceptes de l'Islam), les décorations deviennent figuratives avec l'essor de la faïence dans toute l'Europe. Ci-dessous les fabuleux azulejos de l'Alcazar, du Mondrian avant la lettre.


Dans le quartier de Triana des manufactures existent encore dont l’une sera bientôt transformée en musée. D’ailleurs le Christ de la confrérie de ce quartier, la O, est présenté dans une chapelle décoré d’azulejos du début du XXe siècle.


Les azulejos sont, au quotidien, la présence permanente et omniprésente de l'art de vivre hérité des Musulmans : la joie de nos yeux n'est que le reflet, l'image, la présence de la joie divine. Immanence perceptive, sans nécessité d'une quelconque figuration de la transcendance. L'image ci-dessus est donc un parfait syncrétisme culturel et, en conclusion de cette disgression, on comprendra mieux pourquoi Spinoza passa sa vie à polir des verres optiques...
Samedi 31 janvier 2009 6 31 /01 /2009 18:43
J’aime les arènes de Séville, leurs couleurs symboliques de la ville. J’aime le baroquisme des costumes, la chaleur des places au soleil, l’entrée du taureau dans l’espace elliptique, la Giralda qui pointe au loin, la lumière du jour qui décline et qui permet, de trop rares fois, au duende de surgir. Bref, assister à une corrida à Séville relève parfois de la pure joie. Mais que de rares moments de bonheur pour de longs moments d’ennui !



Le dimanche de la Résurrection - Pâques chez nous - est le jour de la première corrida de la saison à la Plaza de Toros, la Real Maestranza de Séville. On a commémoré la mort du Seigneur pendant la semaine et sitôt ressuscité, il laisse la place aux hommes pour qu’ils domptent les forces occultes de la violence.


Combattre l’animal, c’est symboliquement montrer la toute-puissance de l’humanité sur les instincts et la barbarie. Cette position philosophique affirmant la transcendance et la liberté de l’homme qui peut s’arracher à la nature par la maîtrise de la force pure du taureau est-elle suffisante pour justifier la corrida ?

L’argument socio-culturel ne peut en tous cas faire loi : ce n’est parce qu’un peuple se mobilise pour des rites propres que ceux-ci sont forcément admirables. Et le dégoût des anti-spécistes qui condamnent une pratique faisant souffrir inutilement un animal est légitime.

Ce congé sabbatique clarifiera je l’espère mon rapport à ce « sport ». Je commence donc, grâce notamment à mon ami philosophe Fabrice Duclos, à suspecter ce type de joie. Mettre à mort volontairement un animal pour le plaisir d’affirmer sa transcendance ne constitue certainement pas un « moyen certain d'approcher de plus en plus du modèle que nous nous formons de la nature humaine », dans le sens que Spinoza donne à la notion d’ « humanité ».

Nous verrons ces prochaines semaines ce qu’il en sera mais, dans tous les cas, un soir orageux à Triana fait surgir les arènes comme dans aucun tableau peint. Et Séville sans la Real Maestranza, ce n’est plus Séville…


Jeudi 29 janvier 2009 4 29 /01 /2009 11:04
La Séville religieuse des confréries (hermandades), des images sculptées de Christ et de Vierges, peut être un fouillis bondieusard pour les néophytes. Elle a pourtant ses rites et ses codes qui culminent dans les processions annuelles de la Semainte Sainte, du dimanche des Rameaux au Samedi Saint. Pourquoi m'y intéressé-je, athée que je suis ? Je le dirai plus tard quand j'aurai mieux compris ce paradoxe. J'introduis aujourd'hui un de ces rites, le besamano d'une effigie de Vierge, la Vierge de la Charité dans sa Solitude (Virgen de la Caridad en su Soledad).

Cette statue se trouve dans la chapelle de la confrérie du Baratillo, du brocanteur, adossée aux arènes de Séville. La confrérie fait sa procession le Mercredi Saint ("hace su estancion de penitencia") et est spécialement liée au monde taurin et au quartier des arènes, l'Arenal (littéralement le quartier du sable puisqu'il est près de l'ancien port au bord du fleuve).

Plan de Séville avec l'Arenal en 1777

En dehors de la Semaine Sainte ont lieu régulièrement dans la chapelle des messes et des périodes appelées triduo, quinario ou novana. La neuvaine est une dévotion qui consiste à offrir pendant neuf jours de suite une prière ou une démarche de piété à une effigie (triduo : 3 jours; quinario : 5 jours) Cette prière est une tradition très ancienne de l'Église et cette dévotion s'ancre sur les paroles du Christ reprises dans le Nouveau Testament qui incitent à prier avec foi. Par exemple : « Demandez et l'on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira. » (Évangile selon St Matthieu 7,7; Évangile selon saint Luc 11,9).

Le triduo repose en gros sur la même principe mais pendant trois jours.


Ainsi, lors des neuvaines, quinaines ou tridaines dédiées à une Vierge ou un Christ de Séville, il est fréquent que les fidèles de la confrérie ou tout autre croyant viennent baiser les mains de la statue ou les pieds d’un Christ (besamano ou besapies). Je n’irai pas jusqu’à cette pratique mais …j'ai assisté au besamano de cette belle vierge de la Charité dans sa Solitude. La voici d'ailleurs sur son paso du Mercredi Saint.


Et la voilà lors de ce besamano dont vous pouvez suivre des extraits filmés.



Mais l'essentiel n'est-il pas, dans ces moments rituels théâtraux symptomatiques du baroquisme quotidien de Séville, de capter d'autres visages, de jouir de la beauté des femmes qui viennent baiser la main de leur semblable ?  Le pur, l'impur, le désir...

Mardi 27 janvier 2009 2 27 /01 /2009 17:49
Des deux mille photos numériques de Séville accumulées dans ma phototèque, je tirerai celle-ci, présentée ci-dessous. Je ne suis pas photographe mais aime capter des instants magiques qui s'effaceraient plus vite de la mémoire sans la trace photographique. C'est du moins ainsi que mes affects fonctionnent, pour mon bonheur.


Le Vendredi Saint 6 avril 2007, il est 8 h 20 du matin dans une ruelle du centre historique. C'est la fin de la Madrugada, la nuit où les confréries les plus importantes ont accompli leur procession de pénitence. Deux jeunes Sévillans ont passé la nuit dehors pour voir notamment le Christ du Gran Poder de Juan de Mesa. Très imprévoyants, ils ne portent qu'un chandail ou un petite veste polaire et se réchauffent avec leur couverture et du chocolat chaud. Ils posent pour moi, les yeux allumés par mon flash et par leur passion pour cette nuit.

Moi aussi, plus emmitouflé qu'un jour de grand froid à La Chaux-de-Fonds, j'ai attendu le passage du Señor de Sevilla devant l'arc du Postigo et je me prépare à filer tout au nord du centre historique pour réserver une bonne place devant un balcon où s'arrêtera, je le sais, la Vierge de la Macarena.


A Séville, cette nuit-là, il a fait 3 degrés et les saetas captées par la vidéo du Nikon restent dans la mémoire ... de mon Mac.


Dimanche 25 janvier 2009 7 25 /01 /2009 23:29
Il en est de Séville comme de Naples : les grandes métropoles du Nord les méprisent. Elles sont nonchalantes, ne travaillent pas assez et y règne la pagaille, dit-on à Milan et Madrid, villes plates, sans mer ou fleuve, « modernes ». C’est pourquoi je déteste Milan, sa gare, son brouillard et sa pollution. Madrid, d’où je reviens dans mes jardinets pour quelques jours, s’en sort à peine mieux. Heureusement que ce matin j’étais seul, à 9 h. 15, devant les Ménines et les Fileuses de Vélazquez.

Séville, donc, serait la quintessence des villes que j’aime. Paris, monumentale et intime ; Londres, avec ses quartiers si variés, ses barrios, où l’on passe d’un monde à l’autre ; Venise, lumineux labyrinthe qui nous égare dans nos errances ; Prague, ineffable la nuit avec ses réverbères et ses tavernes ; Rome, l’autre ville baroque en perpétuelle mise en scène d’elle-même ; Florence, aux deux rives et à la richesse culturelle syndromique.

Et Naples, évidemment, qui résiste aux modes avec le sourire aux lèvres malgré la dureté du monde : beaucoup de chômage les deux villes. Naples, où les Macdo sont rares et les tavernes multiples, Naples et ses habitants artistes de la vie…

Me manque seulement à Séville la multiculturalité de Londres, toutes les couleurs et les langues qui se côtoient dans un autobus, par exemple. J’y serai début février et j’ai hâte de voir comment, à mon retour au corral, le bananier aura dépéri pour mieux annoncer le printemps qui va recommencer.


Merci à mes lecteurs de toujours me suivre dans de prochains articles qui seront illustrés par des images en différé.
Samedi 24 janvier 2009 6 24 /01 /2009 20:03
En espagnol, le verbe esperar est un vrai ami: il signifie attendre et nous montre, à nous francophones, qu’attendre, c’est toujours espérer. Spinoza ne pensait pas vraiment que l’espoir faisait vivre ("l'espoir n'est autre chose qu'une joie mal assurée, née de l'image d'une chose future ou passée dont l'arrivée est pour nous incertaine"). Le grand oui à soi, aux autres et au monde, est ainsi le contraire rationnel de l'espoir, ce n'est pas désespoir mais plutôt inespoir, libération à l'égard du besoin d'espérer pour vivre.

« Mais pour autant, Spinoza ne condamne pas l'espoir : cette impuissance est un moindre mal si elle sert à éviter un plus grand mal, en l'occurrence, l'impuissance beaucoup plus grande consistant à se laisser gagner par le désespoir et la dépression quand il reste encore des raisons suffisantes d'agir, surtout si cette ignorance conduit à cultiver la haine et la colère contre ce que l'on imagine causer notre désespoir. »

Ce préambule philosophique inspiré et tiré du site spinozaetnous.org est nécessaire pour expliquer que l’attente des événements festifs fait partie de la psychologie profonde des Sévillans. Il reste aujourd’hui 70 jours avant le début de la Semaine Sainte. Elle aura lieu et la seule crainte, irrationnelle, puisque nous n’avons aucun pouvoir sur elle, est celle de la pluie. Seuls les ignorants Sévillans pensent que c'est la "mala  suerte" qui empêche une confrérie de faire sa procession. Le bar Moreno où je vais parfois prendre mon petit déjeuner, n'échappe à cette "Esperanza" puisque toutes les dates clés du semestre sont notées au-dessus du comptoir.


Pour ma part, j’espère un coup de soleil sur le clocher de la Madeleine le vendredi Saint à 8 h.00 quand rentre la confrérie du Calvaire.


J’espère un bel après-midi sur les berges pour voir passer le Cachorro ce même vendredi après-midi.


J’espère un samedi saint tempéré pour se reposer des fatigues de la semaine.


Et s'il pleut, comme quatre fois sur cinq le Vendredi Saint, eh bien il pleuvra : la réalité est perfection.

Vendredi 23 janvier 2009 5 23 /01 /2009 13:54
L'expérience d'assister à un concert de luth dans la chapelle de l'Université fut un de ces moments emplis du "duende" andalou : cet emportement de l'esprit sous l'effet de la magie des sens.


Juan de Mesa y Velasco (1583-1627) est le sculpteur du baroque sévillan. Il est l'auteur de nombreuses statues de Christ qui sortent en procession pendant la Semaine Sainte de Séville. Il est né en 1583 à Cordoue. En 1606, il intègre l'atelier de Juan Martínez Montañés, l’autre très grand sculpteur sévillan, auteur du Christ de la Clémence de la cathédrale et du Christ de la Passion.

Ses sculptures se caractérisent par un grand réalisme qui est le résultat d'un long travail d'observation de personnes et de cadavres, ce qui lui a permis de reproduire le plus fidèlement possible l'anatomie humaine. Précisément à cette époque, le programme esthétique de l'Église catholique consistait en une reproduction fidèle des figures humaines pour rendre les images saintes plus proche des fidèles, renforçant ainsi leur dévotion. Sa prédilection pour les images saintes de la Passion lui a valu le surnom de l'Imaginero del dolor (le sculpteur de la douleur).

Les effigies processionnelles (cf diaporama ci-joint sur la confrérie des Etudiants) constituent l'essentiel de son oeuvre et font encore aujourd'hui l'objet d'une grande dévotion. Parmi celles-ci se détachent le Cristo del Amor, le Cristo de la Buena Muerte et le très connu Jesus del Gran Poder, trois effigies parmi les plus belles de tout l’art espagnol.

Dans le Christ de la Bonne Mort, Mesa s’est surpassé. Cette statue était destinée à recevoir un culte dans l'église principale des Jésuites à Séville. La réussite la plus suggestive de l’oeuvre réside dans l'interprétation de la tête. Celle-ci, dépourvue de la couronne d'épines que Mesa avait l'habitude de tailler dans le même bloc crânien, réfléchit toute la douceur et toute la poésie imaginables. Le moment représenté est l'instant précis du décès. Le corps sans vie pend aux clous qui percent ses mains. Le laisser-aller cadavérique contraste avec le clair-obscur accusé des plis tordus du suaire.

José Miguel Moreno s’est spécialisé dans l’interprétation historique, disposant d’un répertoire très riche (depuis le XVIe siècle jusqu’au début du XXe siècle), qu’il interprète sur des instruments d’époque: vihuela, guitare Renaissance et baroque, luth Renaissance et baroque, théorbe et guitare classico-romantique. Il s’agit dans tous les cas d’instruments d’époque ou de copies conformes. Dans ce domaine, José Miguel Moreno est unanimement reconnu comme l’un des plus grands spécialistes.

Jeudi 22 janvier 2009 4 22 /01 /2009 17:45
Dans le parc de l’Alamillo,
 les arbres passent,
dénudés,
leur court hiver.
Isolé dans ce désert,
un oranger splendide,
souverain,
mais seul.

Je voudrais y voir l’image de l’ataraxie.





Mercredi 21 janvier 2009 3 21 /01 /2009 20:21
Montrer et être montré. La ville a ses parures dans ses rues, ses monuments, ses maisons. Pour se faire voir, elle se vêt de cinq couleurs de base : le blanc de la pureté, le bleu du ciel, le vert de la vie et de la mort, le rouge brique de la passion, le jaune ocre du soleil (blanco, azul, verde, red, amarillo)

Les mots sont-ils assez forts pour dire ce théâtre, pour faire sentir combien on est maternellement pris en charge par cette ville, la ville des Vierges ?

Peut-être pas si l'on en croit l'écrivain portugais que lit le héros du livre de Pascal Mercier, Voyage en train à Lisbonne : "Sur mille expériences que nous faisons, nous en traduisons tout au plus une par des mots, et même celle-là simplement par hasard et sans le soin qu'elle mériterait. Parmi toutes les expériences muettes sont cachées celles qui donnent secrètement à notre vie sa forme, sa couleur et sa mélodie. Si ensuite, en archéologue de l'âme, nous nous tournons vers ces trésors, nous découvrons à quel point ils sont déconcertants. L'objet de l'observation refuse de s'immobiliser, les mots glissent le long du vécu et à la fin il ne reste que des contradictions".

J'essaie de sortir de ce désarroi de l'impotence verbale par des images dont celle-ci qui a illuminé mon matin.


ou celle-là, les arènes...

Lundi 19 janvier 2009 1 19 /01 /2009 19:35
Grenade ne sonne pas aussi bien dans mon cœur que Séville. Elle génère certes, à l’image de son nom, des passions gaies (le fruit mûr juteux et solaire) mais d’autres plus tristes (l’explosion de la mort). Cette ambiguïté fondamentale, et poétique, est celle de Lorca, lyrique et désespéré. Lorca qui chante l’Alhambra et qui meurt fusillé dans un sombre coin de la campagne.

Curieusement la dualité s’est magnifiquement vérifiée ces jours. Hier, le coucher de soleil sur l’Alhambra vécu du haut du Sacromonte.


Le gitan des grottes et son cheval ajoutaient à l’esprit lorquien, que l’on retrouve quand on monte à l’Alhambra par la Cuesta des Chinos. Sauf qu'aujourd'hui il pleuvinait du brouillard dans les coeurs.





Je veux descendre au puits,
Je veux monter les murs de Grenade,
Pour regarder le coeur passé
Par le poinçon obscur des eaux.

L’image du poinçon illustre bien l’eau (en bas à gauche) qui sort des murailles comme une source de vie traversant douloureusement le cœur.


Ma montée à moi fut une descente dans les abîmes des passions tristes. Grenade, berceau de la culture musulmane en Europe, grenade antisémite.

La recherche des causes rationnelles est simple : ce sont les pernicieux effets de la politique d'Israël dans la bande de Gaza... La famille de Spinoza avait aussi dû fuir l'Inquisition portugaise...

Samedi 17 janvier 2009 6 17 /01 /2009 12:28
Le samedi saint, la Semaine Sainte se clôt notamment par la rentrée dans son église de la confrérie des Servites.




Sur la marche funèbre de Chopin, le paso du Christ, une pieta, vient saluer le Christ crucifié en bois du grand sculpteur Juan de Mesa, le Cristo de la Misericordia. Cette statue se trouve dans l’église conventuelle de Santa Isabel, d’habitude fermée. Les moniales de ce couvent sont célèbres pour leur broderies de manteaux de Vierges sévillanes. Ensuite, la procession nocturne contourne la fontaine de la place Santa Isabel et rentre dans l'église mudéjare San Marcos.

Or, ma banque, la Cajasol, organise un vendredi par mois des concerts gratuits de musique baroque interprétés par de jeunes musiciens espagnols. 300 personnes se pressaient hier soir dans cette église non chauffée pour écouter des morceaux des fils de Bach, joués par l’ensemble Garten der Lüste.

Les délices furent  pour moi, comme lors du Bétis-Malaga, moins le spectacle donné que le bonheur déviant d’avoir sous ses yeux le fameux Crucificado de 1614. 

Séville serait-elle une ville déviante ?


Jeudi 15 janvier 2009 4 15 /01 /2009 22:43
J’aime par-dessus toutes les villes maritimes, comme Liverpool, où l’embouchure d’une rivière ouvre sur l’infini de l’océan. Telle est Sanlucar de Barremeda qui mérite bien quelques pèlerinages.

D’abord le pèlerinage de l’historien puisque Christophe Colomb partit de Sanlucar pour son troisième voyage vers le Nouveau Monde (1498) et de même Magellan, pour le premier voyage autour du monde (1519). Quand le regard passe des rives du Guadalquivir à l'océan, des abîmes s'ouvrent.


Ensuite le pèlerinage de l’aficionado de la tauromachie et des traditions religieuses. Dans ce sens, je  dois la connaissance de Sanlucar à deux amis très chers : Jean-Blaise Junod et Thierry Meyrat. Jean-Blaise, le grand et modeste cinéaste chaux-de-fonnier, y a tourné deux films imprégnés de l’Andalousie. Duende décrit l’entrée d’un jeune torero dans l’univers de la tauromachie au moment où il passe son alternative. Pèlerinage compare le monde intérieur des moniales du couvent de la Maigroge à Fribourg à celui des pèlerins andalous qui, chaque année, se rendent au Rocio adorer une statue de la Vierge. Le cinéaste a filmé un jeune torero sanluquin et la confrérie de la ville dans ces deux films documentaires. Thierry, actuellement responsable de la délégation du CICR à Pékin, a passé un an sabbatique en Andalousie et m'a fait découvrir la région en 1997.

J’ai fait hier le pèlerinage du chercheur de bonheur gastronomique.

Sanlucar est célèbre pour la production de mon vin blanc favori, la manzanilla, le vin impossible d’être meilleur que là où il est bu.  C’est un vin viné puisque une fois la fermentation terminée, on ajoute une dose d’alcool à 77% au vin titrant 11 degrés afin qu’il atteigne les 15 degrés. Gardé dans des fûts non ouillés, c’est-à-dire non remplis régulièrement à ras-bords, le liquide, pas encore divin, voit se développer à sa surface, à cause de l’oxydation, un voile mousseux de levure, appelé flor. C’est le même phénomène à l’œuvre dans les vins jaunes du Jura.

La particularité des chais de Sanlucar est qu’ils vont s’imprégner de la salinité de l’air pour  donner un vin sec, iodé, avec des arômes de fruits secs et d’amande. La manzanilla se boit dans l’année, peine à voyager et celle destinée à l'exportation a un degré alcoolique légèrement supérieur.

C’est dire que le bar Barbiana de Sanlucar sert de la manzanilla Barbiana pour accompagner les fruits de mer. La manzanilla est en effet incomparable avec des langoustines ou des grandes crevettes, les gambas.


Ce jour-là le bar avait préparé des galeras cuites, les langoutines du pauvre. Impressionnant de les voir arriver fumantes sur le zinc.




Trois galeras et un premier verre de cette Barbiana, saline et fruitée comme jamais, c’était le bonheur presque absolu puisqu’il faut décortiquer cette bête, moins fine que la langoustine, la mer dans le palais tout de même.


Puis deux tortillitas de camaron, c’est-à-dire des beignets de crevettes grises, une spécialité andalouse difficile à réaliser.


Il faut un produit absolument frais, une bonne quantité de bestioles dans le beignet, une pâte ni trop mince ni trop épaisse, une friture pas trop grasse. Cela peut donner un étouffe-chrétien, même à Séville.


Celles du bar Barbiana, rempli de fumeurs et de gens du coin, sont divines, et le second verre de manzanilla leur fit honneur. En soi, une tortillita de camaron est un chef-d'oeuvre plastique.



Le tout m’a coûté 7 euros. La beauté attend toujours qu’on la trouve, surtout dans les choses simples.


Gloire au bar Barbiana, j'y reviendrai.



Mardi 13 janvier 2009 2 13 /01 /2009 21:09
A Séville, l'actuelle vague de froid est la seconde plus glaciale des 15 dernières années. La température minimale a atteint  deux jours de suite 0 degré, un chiffre qui s'était seulement produit en une seule occasion depuis décembre 1994. La température minimale absolue la plus basse de l'histoire - au moins depuis que les chiffres existent -  date du 12 février 1950 avec -5,5 degrés.

Qu’en tirer pour augmenter notre joie ?

Voir les champs d’oliviers gelés lors d'un voyage en train,


  jouir de la lumière violente et crue de la ville,



jouer, emmitouflé, avec une chatte dans les jardins de l'Alcazar ...


L'inverse de la joie, c'est la tristesse, qui nous fait développer des passions diminuant notre puissance d'être. L'exemple européen le plus frappant de cette réflexion spinoziste se trouvera facilement dans l'amertume (amargura) considérable développée par les Espagnols et les Neuchâtelois à propos de l'incurie des pouvoirs publics à lutter conre la nature. Cuche et la ministre espagnole des transports sont sur la sellette.

C'est la raison pour laquelle la sonnerie de mon portable est la marche de la Vierge de l'Amargura, une célèbre effigie sculptée qui sort en procession le dimanche soir des Rameaux, cette année le 5 avril, jour des élections neuchâteloises.

La preuve de mon amour pour la neige, mon canton (55 heures de plus d'ensoleillement en 2008  à La Chaux-de-Fonds qu'à Neuchâtel, cf ce site),  Séville et l'Amargura  :



Lundi 12 janvier 2009 1 12 /01 /2009 14:31
On connaît l’amour de la peinture pour la nature morte: Zurbaran, le peintre du Siècle d'Or, une des gloires de Séville, et Goya, notamment, ont excellé dans des représentations aux connotations religieuses, morales ou existentielles. Rien de tel dans celle-ci, panier des achats de ce matin au marché couvert de l'Incarnation.


Un pain, une demi-livre d’olives, un hareng, 100 grammes de jambon patte noire de Jabugo, 6 œufs frais, une demi-livre de pommes de terre de Sanlucar, une livre d'asperges sauvages (trigueros), une demi-livre de poires de Badajoz, lieu de naissance de Zurbaran, une demi-livre de fraises de Huelva, 2 kilos d’oranges pour les jus.

Tableau baroque sous le projecteur du soleil sévillan.

Et tout cela pour combien ?

12 euros !

 
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