Jeudi 9 avril 2009
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Afin de regrouper et évangéliser les Noirs de Séville à la fin du XIVe siècle, le cardinal Mena fonda une confrérie à
l'hôpital de Los Angeles et jusqu'au XIXe siècle ne pouvaient faire partie de la Hermandad de los Negritos que des frères de couleur. Dans la chapelle des Anges ce matin, le
paso de la Vierge du même nom est blanc de fleurs. Pour la première fois, des tulipes et du jasmin, à la place des roses, oeillets ou hyacinthes plus traditionnels. Il est vrai qu'on n'a jamais
vu des orchidées noires dédiées à l'Imaculada.
Ce soir, la rentrée du paso par la place de la Luzerne promet des senteurs champêtres ... ou urbaines.
Mercredi 8 avril 2009
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Quand le mercredi Saint 19 mars 2008,
Il commence à pleuvoir
Dans le quartier de San Bernardo,
Ma dame espère.
Quand le 8 avril 2009
Le soleil est resplendissant,
Ma dame attend
Le Christ de la Santé
Et la Vierge du Refuge.
Amies et amis, bonnes Pâques, buena Semana Santa !
Mardi 7 avril 2009
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13:55
Dans moins de trois heures, la Confrérie des Etudiants va sortir de l'Université, l'ancienne fabrique de tabac si carménienne, pour
une des processions les plus rigoureuses de Séville. Son image titulaire, le Christ de la Bonne Mort de Juan de Mesa, est portée sur un paso en acajou recouvert de lys violets, symboles de la Passion, et
entouré de quatre immenses cierges ocre. C'est mon image favorite de la Semaine Sainte et le passage du crucifié devant l'Alcazar et la cathédrale dans la splendeur du soleil aveuglant devrait
être inoubliable comme l'a été ce matin la visite à l'Université.
Lundi 6 avril 2009
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Ca y est : la météo annonce une semaine sans pluie, la première depuis 2001. Cette Bonne Nouvelle mérite une image qui
sainthétise les articles de ce blog depuis janvier : le blanc virginal et printanier des capirotes, le baroquisme des fleurs naturelles et en cire, la sérénité du ciel et le
reliquat hivernal de quelques hespéridées, le théâtre des candélabres et de l'encens qui flotte, avec un spectateur attentif au balcon.
C'est la paso de la Vierge de la Santé (Virgen de la Salud) cet après-midi dans la gloire du quartier de San Gonzalo, à Triana.
Dimanche 5 avril 2009
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Dans moins de trois heures je vais aller voir le paso du Christ de l'Amour rentrer dans son église du Salvador. Ce matin, la statue était dans sa splendeur.
Pourquoi tant d'amour dans un crucifié ? Comme le pélican il nourrit ses enfants de sa propre chair et, tout mort qu'il est, ses bras tendus sont une offrande transfigurante.
Samedi 4 avril 2009
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Il fallait bien que la grande ville baroque rende hommage au grand poète baroque. Dans le monastère de la Cartuja, avant-dernier
concert du Festival de musique ancienne. Un ensemble espagnol joue un spectacle inspiré de Comme il vous plaira de Shakespeare, avec des chansons de John Morley.
In the sping time, the only pretty ring time
When birds do sing, hey ding a ding,ding :
Sweet lovers love the the spring.
Au printemps, la seule saison du mariage
Quand les oiseaux chantent, tra la la la :
Les doux amants aiment le printemps.
A tous les amoureux du monde...
Vendredi 3 avril 2009
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11 ans d'esperanza pour cette image du Vendredi des Douleurs, le vendredi des Rameaux : elle est prise lors du baise-main d'une des plus anciennes Vierges de Séville, la Soledad de San Lorenzo (fin XVIe siècle) avec
le paso de laquelle se clôt la Semaine Sainte le samedi de Pâques.
Seule devant la croix d'où pend un linceul blanc, la Vierge de la Solitude médite sur la
mort du fils aimé.
Aujourd'hui, la jeune femme en jeans dans l'église, outre qu'elle nettoie la main de la Vierge
après chaque baise-main, est en communication spirituelle avec son ancêtre.
Pure Sévillane, elle incarne la lignée des belles jeunes femmes, réelles ou imagées :
les sculptures seraient nées à la vue des visages, les visages paraîtraient aujourd'hui des effigies.
Où serait l'impur ?
Jeudi 2 avril 2009
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Avril est là, les dernières oranges amères sont enlevées des arbres par les jardiniers municipaux.
Dimanche des Rameaux s’annonce sous la chaleur et le ciel bleu.
Tout est à moitié consommé : j’ai imaginé ma confrérie, vécu l’arrivée du printemps, voyagé en Andalousie et essayé de démystifier
Séville. Pures joies.
Les prochains articles de ce blog vivront leur Carême, un peu tardif : maigres d’images et de textes mais métonymiques de chaque
jour vécu jusqu’au Dimanche de la Résurrection, le « lundi saint » suisse étant ici une aberration mentale.
Donc, aujourd’hui à vélo, il fallait expérimenter la vitesse de 15-20 kilomètres-heure pour sentir la ville : des fleurs d’oranger
on passe au puissant jasmin des jardins de Murillo et on ne peut que penser à Juan Ramon Jimenez, le grand poète andalou prix Nobel de littérature 1956.
Du jasmin sévillan, il a tiré ces beaux vers :
Son musicas de oro
blanco, que surgen solas, de repente,
como ascension de candidos jardines ;
un coro
agudo de jazmines
celestes, bandolines,
arpas y violines
que tanen arrobados serafines...
Ce sont des musiques d’or
blanc, qui surgissent seules, tout à coup,
telle une ascension de candides jardins ;
un choeur
aigu de jasmins
célestes, mandolines,
harpes et violons
que jouent des séraphins en extase...
Samedi 28 mars 2009
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19:56
Sur la place du Salvador, siège du Christ tant aimant et d’urbains botellones du jeudi soir, s’érige un kiosque à journaux
vert. Le panneau latéral est orné d’affiches de la Semaine Sainte ; perdu dans un coin à côté des photos du Christ de la
Victoire et de la Vierge de l’Amertume, un exemplaire d’un livre d’Henri Miller,
Sexus.
Si Séville m’offre ce que j’ai à dire d’elle depuis six mois, que je m’ouvre à cette invite du pur et de l’impur, une facile
nourriture spirituelle de Carême bien à nous !
Jeudi 26 mars 2009
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Il faudrait écrire sur l’idéal du bar sévillan, combinant la saveur des plats à la qualité du décor et à la disposition dudit bar.
Je me contente aujourd’hui d’esquisser les qualités d’une vraie tapa. Evitons d’abord tout ce qui est
recouvert de sauce, tare espagnole congénitale. La tapa doit nous amener à l’essentiel du produit ou du guiso, le plat cuisiné.
J’ai déjà dit la pureté de nombreux frais (radis, anchois, petites soles, rougets, sardines, crevettes grises et calamars) pour en venir à la cuisine casera, le mijotage amoureux bichonné. Elle plonge souvent ses racines
dans les légumineuses (fèves, pois chiches, lentilles) et combine ainsi le sec et le sec ou le sec et le frais.
C’est par exemple la tapa del dia de la Bodega, à deux foulées de la place Alfalfa, à côté de la Trastienda :
des judias con bacalao, un plat de carême composé de fèves et de morue.
ou, plus baroque, les pauvres garbanzos, pois chiches, avec les riches langoustines de Sanlucar, tapa dégusté dans
une assiette en plastique à la Feria de la tapa de Utrera, une ville au sud de Séville.
Il est interdit de parler de la crise quand on déguste un tapa à deux euros !
Mercredi 25 mars 2009
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La Vierge de l’Esperanza de Triana, sculptée au XIXe siècle, est une des plus aimées de Séville, en particulier dans son
quartier de l’autre côté du fleuve. Les Gitans y ont toujours vécu et, pudique, le clergé y avait établi le tribunal de l’Inquisition après la Reconquista. Sa procession spectaculaire (ornement floral exubérant, portage swinguant du paso) se déroule pendant le petit matin
(madrugada) et la matinée du Vendredi Saint. Cette Vierge est dite d'espérance et contrebalance la douleur de la mort du fils de Dieu, imagée dans la procession qui la précède
avec le Christ du Calvaire.
La confrérie de l'Esperanza de Triana conserve ses images saintes dans la minuscule chapelle des Mariniers de la rue
Pureza et pendant le Carême, les cinq jours de son quinario font resplendir aux fidèles la Vierge dans l’église voisine de Santa Ana.
La messe finale de ces cinq jours d’actions de grâces à cette beauté andalouse se déroule le 4e samedi du Carême selon un rite complexe imperméable aux profanes, trivial et sublime pour
moi.
Trivial quand le clergé catholique compassé (curés, garçons de chœur, confrères et autres subalternes) fait le tour de l’église avec le Saint Sacrement protégé par un vilain dais. Emouvant
quand les fidèles chantent l’hymne final à la Vierge et sublime quand l’athée, fidèle au protestantisme d'antan, peut s’approcher de l’autel où l’Esperanza se donne en offrande florale
et, ce samedi-là, philosophique.
Fin de la messe du quinario de l'Esperanza de Triana, 4e samedi de Carême 2009
Sa grâce éclaircit l’esprit pour réussir enfin à dialectiser les paradoxes de mes croyances et désirs.
En bref, je crois que Jésus Christ, immense penseur de l’égalité et de l’amour, du fini et de l'infini, n’est pas le fils de Dieu ni qu'il y a une vie après la mort dans un quelconque
royaume : je ne passe pas pourtant une vie militante à l’affirmer, mon athéisme est "négatif" comme le dirait André Comte-Sponville. Croire que Dieu n'existe pas n'équivaut pas à affirmer
qu'il n'existe pas, "athéisme positif".
J’aime en outre que la foi - des autres - soit avant tout intérieure, même dans l’exubérance, et qu’elle
seule justifie leurs croyances sans une hiérarchie institutionnelle de prêtres, déjà abhorrée par Voltaire, chapeautée par le maudit actuel.
Et j’adore voir les belles images saintes chrétiennes, peintures ou sculptures de l'art baroque en particulier, qui parlent à mon cœur sensuel et qui m'ouvrent à l'infini de l'immanence. Il
n'y pas de transcendance, seul le réel est perfection et seul ce qu'en lui je désire est bon pour moi.
Si, à partir de ces trois prémisses, socle enfin défini de mes croyances, je pouvais fonder la confrérie des athées réformés baroques, je m’engagerais dès demain, avec un siège officiel dans
des jardinets saints chaux-de-fonnier et sévillan.
Ornement floral 2008 du paso de l'Esperanza de Triana
Ornement floral 2003
Ornement floral 2004
Dimanche 22 mars 2009
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La ville vibre de l’imminence des Rameaux. Le passant curieux jette un œil à travers un portail, ouvre une porte d’église à
midi, pénètre dans un atelier. Les confréries sont à préparer leurs pasos dans une effervescence concentrée, les confrères font fabriquer leur capirote, chapeau pointu.
Psychologiquement, la Semaine Sainte de cette année s’annonce très difficile puisque
depuis 2001 il a toujours plu au moins un jour, ce qui ruine l'attente et l'espoir des membres et amoureux de telle ou telle confrérie qui no sale a la calle. Esperanza décue
!
La pluie sainte est la mala suerte fondamentale du Sévillan. Un article paru aujourd’hui dans le journal local interroge un psychiatre sur les effets psychologiques des semaines saintes
pluvieuses. Insécurité, intranquillidad et frustration inconsciente touchent le malade atteint par les facteurs externes qui ternissent ces moments de vie tant attendus. Avec le temps
sublime qui ne cesse d'illuminer la ville depuis le 11 février (sauf cinq jours), tout est à craindre pour le 5 avril si on croit à la loi des séries.
N’est pas stoïcien qui veut et c’est la raison pour laquelle demain je serai à Cordoue dans un hôtel de la place Sénèque. Le grand philosophe est né dans cette ville et cette année peu m’importe
les choses qui ne dépendent pas de moi : logique, non ?
Dimanche 22 mars 2009
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16:03
Concierto de benvenida a la primevera, concert de bienvenue au printemps, voilà ce qu'avait organisé aujourd'hui dans
le parc Maria-Luisa, le plus beau que je connaisse, la municipalité de gauche.
Maire venu à vélo, assesseure responsable des parcs et jardins en jeans, on était loin des señoritas et señoritos que l'on croise parfois dans la ville. L'orchestre baroque du conservatoire a terminé le concert par ... le
Printemps de Vivaldi. Ainsi se termine la première étape de ce blog, dans la esplendor primaveral.
Samedi 21 mars 2009
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On me dira : où trouves-tu le sujet de tes articles presque quotidiens ? Dans ce que cette
ville me tend à l'improviste chaque jour dans son grand théâtre. Ainsi hier soir, avant d'aller à l'opéra voir La Fanciulla del West de Puccini, dans une mise en scène de western
naturaliste, je passe devant le Salvador, la plus belle église baroque de Séville. Le désir me prend, comme souvent, de jeter un oeil à l'intérieur, histoire de rendre hommage au Christ de l'Amour.
L'opéra de trois minutes que j'ai pu voir a bien valu les trois heures pucciniennes qui ont suivi. C'était la fin de la répétition de la Passion selon
Sant Matthieu de Bach, devant le Christ de Juan de Mesa dont la procession du Dimanche des Rameaux est inoubliable. Et de trois donc :
après le Christ de la Miséricorde et le Christ de la
Bonne Mort musicalement ekphrasisés, ce dernier crucifié, baroque, est transfiguré par la musique, baroque, jouée dans cette église, baroque.
Ce n'est donc pas parce que je trouve Séville belle que je la désire, c'est parce que je la désire, dans ses rues, ses arrières-boutiques, ses églises, ses bars et ses jardins que je la trouve
belle, génératrice de passions joyeuses. Les passions
tristes des ordures non triées, des piscines couvertes de 25 mètres sans hygiène, des transports publics chaotiques, des cimetières crasseux, des trottoirs crottés, des confréries
réactionnaires, des costaleros récemment enjoints de ne pas utiliser de capotes, pèsent peu dans la balance spinoziste de l'amour de la vie.
"Vive la vie", m'écrivait mon ami Claude à qui je dédie cet article.
Jeudi 19 mars 2009
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Le mot ekphrasis (en grec expliquer et dérouler jusqu’au bout) désigne un procédé
rhétorique qui établit la relation entre la représentation d’un monde artistique et un autre, dans le cas de ce blog entre de belles images du monde réel et mes pauvres mots qui essaient de les
commenter ou les illustrer. Nombre d’artistes éminents ont su dire une peinture dans un poème ou un morceau de musique. Psychologiquement, l'ekphrasis consisterait donc en une
description ou représentation d'un objet telle qu'on croit vivre la situation présentée.
Comment exprimer jusqu’au bout du possible des mots la senteur des
fleurs d’orangers qui envahit de jour en jour la ville chérie, qui transcende les gaz d’échappement dans les carrefours et saisit les narines sur la place San Leandro où souffle une brise
du levant ?
Comment rendre compte le plus objectivement possible des caractéristiques olfactives de l’azahar pour en donner une idée
à ceux qui n’ont jamais mis les pieds au printemps à Séville ? Apaisante, suave, entêtante, sédative, intensément florale, lourde, chaude, riche et durable, ce sont encore des mots-images.
Hespéridée aurantiacée, c’est tautologique de l’orange.
Le socle scientifique d’une meilleure approche pourrait nous être donné au travers des trois grandes dimensions des
odeurs.
a) L’intensité, la puissance à laquelle nous percevons une odeur. Pour une odeur donnée, cette intensité est extrêmement variable
d’un individu à l’autre puisque nous ne possédons pas les mêmes récepteurs. Néanmoins, sur une échelle de 1 à 10, on a de fortes probabilités d’atteindre avec l’azahar une perception
olfactive intense.
b) La tonalité, la dimension hédoniste de la sensation olfactive. Pour une odeur donnée, cette dimension est également très
variable, puisque liée à l’expérience de chacun par rapport à elle. Dire qu’une odeur est bonne ou mauvaise n’a pas de sens, il faudrait plutôt parler en terme de sensation propre. Donc : «
J’aime ou je n’aime pas cette odeur… ». Je connais des amis qui ne supportent pas la fleur d’oranger alors qu’elle est ma préférée comme pour beaucoup de Sévillans.
c) La qualité, la reconnaissance d'une odeur. Lorsque nous sentons une odeur, nous la percevons avec une certaine qualité qui lui
confère sa propre identité. C’est cette identité qui nous permet de la différencier des autres, de la reconnaître et même parfois, de pouvoir la nommer. On en revient au début du cercle :
apaisante, suave, entêtante, sédative, intensément florale, lourde, chaude, riche et durable…
Le fait est que je ne peux vivre sans elle.