Vendredi 1 mai 2009 5 01 /05 /2009 20:27
Les Sevillanas sont, bien sûr aussi, des danses andalouses reposant sur des chansons à quatre strophes. Carlos Saura en a fait un film qui est un chef-d'oeuvre. La sevillana proposée dans mon montage, Que Séville est belle, est tout indiquée pour illustrer le thème choisi aujourd'hui 1er mai. Tout le monde est à la Feria, le reste de la ville est désert comme on ne pourrait l'imaginer, le printemps jubile malgré les 24% de sans-emploi, les parados.

Séville se mire en elle-même, les faroles décorent les allées de le Feria, les femmes resplendissent avec leurs trajes flamencos à volants; c'est l'allégresse sympathique, les chevaux et les carrosses défilent, les guitares jouent, les mains battent en accompagnement. On mange, on boit, on chante et on danse jusqu'au matin : bailar, cantar, tocar, beber y comer. Ce qui pourrait paraître folklorique révèlerait en fait l'essence de la ville : c'est ce nous "chante" la chanson.

Mais en 2009, la Feria n'échappe pas à l'hypermodernité la nuit venue : bruit incessant des stands sursonorisés, botellones par-ci par-là, nourriture de cantine, casetas surchauffées humides de sueur et de fumée et même un meurtre au poignard vendredi à 3 heures du matin. Séville croit se mirer en elle-même sans avoir la pérennité de la Vénus de Vélazquez...


En cliquant ici, vous pourrez voir et entendre des Sevillanas.

Que guapa que está Sevilla
Ole y ola
Que guapa que está Sevilla
Huele a nardo y manzanilla
Primorosa jubilosa
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola.
Faroles y cadenetas
Adornando las casetas
Luminosa deliciosa
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola.
Peineta, flor y mantilla
Y un rosal en la mejilla
Misteriosa fabulosa
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola.


II
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola
Las niñas con sus volantes
Y la gracia en el semblante
Simpatía y alegría
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola.
Los mozos con el sombrero
Y su traje de campero
Valentía gallardía
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola
Y en medio de los paseos
Los caballos y el jaleo
Fantasía picardía
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola.


III
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola
Sevilla es jardín florío
De brillantes colorios
Azucena Macarena
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola.
Abril llena la ventana
De sus casas de Triana
De verbena y hierbabuena
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola.
Giralda y torre del oro
De los tiempos del rey moro
Flor morena y agarena
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola.


IV
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola
Guitarras y castañuelas
Palmas cante y noche en vela
Que salero pajolero
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola.
Fandangos y sevillanas
Por la noche y la mañana
Y en el río los navíos
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola.
No hay como Sevilla
Que en la feria luce y brilla
Emociona y maravilla
Que guapa que está Sevilla
Ole y ola.


 

Jeudi 30 avril 2009 4 30 /04 /2009 16:09
Séville fut dès le XVIIe siècle l'une des villes d'Europe, avec Venise, Rome et Naples, les plus prisées des peintres et dessinateurs pour la qualité de ses vues urbaines.

Aujourd'hui encore, on parle d"estampa" pour désigner une image typique qui ravit l'oeil du spectateur ou du photographe. Les amateurs de la Semaine Sainte savent où se placer pour voir tel paso dans tel ou tel environnement. Les promeneurs dans la Feria n'ont que l'embarras du choix tant les couleurs, les lumières, les robes, les chevaux et les danses forment un ensemble baroque unique, surtout dans la lumière de la fin de l'après-midi.



Mercredi 29 avril 2009 3 29 /04 /2009 15:23
Compromis entre une sorte de Bois de Boulogne et un jardin à l'andalouse, le parc Maria-Luisa combine le murmure des fontaines et une merveilleuse végétation, avec 3500 arbres. Statues, bancs, pavement, fontaines, l'azulejo est roi. Marie-Louise-Fernidande (entre parenthèses, hier, c'était la Saint-Fernand !) de Bourbon en fit cadeau à Sévillle en 1893. Il fut transformé par Forestier (sic), dessinateur de jardins français, qui conçut les pelouses et les haies, les étangs et les fontaines.

La fontaine des grenouilles



Quand je serai de retour, ce sont, j'en suis sûr, les moments de walking quotidien parmi ce havre de paix à l'abri de la circulation qui me manqueront, plus que mes Vierges, mes tapas, mon Corral et la lumière.

Beatitudo non est virtutis praemium, sed ipsa virtus
(
La béatitude n'est pas le prix de la vertu, mais la vertu elle-même). (Spinoza, Éthique V, prop. 42.)


Mardi 28 avril 2009 2 28 /04 /2009 18:58
Quinze jours après la fin de la Semaine Sainte s'ouvre le lundi à minuit la Feria de Abril accompagnée chaque jour d'une corrida de toros à la Maestranza.

L'espace de la fête est gigantesque, accueillant des centaines de casetas, des stands aménagés en petite maison, avec cuisine, salle à manger et espace pour chanter et danser des sevillanas.

Toutes les Sévillanes s'habillent en traje, des robes de flamenco à volants, plus exubérantes les unes que les autres. La réputation narcissique de Séville se confirme mais se nuance : on va à la Feria certes pour être vu et voir les autres nous voir.


Mais l'étranger non intrusif y est aussi accueilli à l'improviste par une manzanilla devant une caseta et la magie de la surface opère : couleurs, rythmes, Alegria (nom d'une marque d'une manzanilla tombant dans votre verre) et tapas gracieusement offerts. C'est ma surprise d'aujourd'hui.






Celle d'hier fut les deux oreilles gagnées par Manzanares après sa faena magnifique avec le taureau Pañedo. Avec et non contre, là est pour moi toute la nuance : la corrida, si elle n'est sûrement pas un art, reste, quand le taureau est brave et le torero inspiré par cette bravoure, un moment d'exception que la vidéo ci-jointe vous fait partager. La mise à mort parfaite fit se lever le public en transes et agiter les mouchoirs blancs.


Taureaux et robes à volants, chevaux et amazones, couleurs, danses et musique ; c'est tout Séville dans sa beauté lumineuse et sensuelle, dans sa frénésie douce, dans son euphorique - et illusoire ? - insouciance devant les 24 % de chômeurs d'Andalousie.
Samedi 25 avril 2009 6 25 /04 /2009 18:13
Les señoritos disent aimer la vie et jouir de l’instant présent. Ils génèrent en fait des passions tristes: orgueil, surestimation de soi, mépris, colère. Habités en outre par les opinions et les idées fausses, ils ne se gouvernent pas eux-mêmes par la raison. Ils croient êtres libres alors qu’ils sont déterminés par des affects qu’ils ignorent. Pour ma part, je les ai en affection quand ils sont jeunes : peut-être se libéreront-ils ! Devenus adultes, je les « ignore », comme on dit dans Facebook.



Justement le señorito a un compte et beaucoup d’"amis", ce dont il est fier. Il aime la tautologie et quand il a mangé une bonne grillade dans son jardin de son chalet sur la playa de Matalascanas, il va écrire sur le Web qu’il a mangé une bonne grillade dans son jardin de Matalacanas. Il a même créé récemment un groupe pour protester contre d’éventuels horodateurs ou macarons payants dans son quartier. Il déteste les écologistes qui en veulent à son 4X4 noir et est un des cinquante premiers à avoir rejoint le groupe destiné à tout faire pour empêcher le poète politicien d’être réélu ou Monteseirin de repasser en 2011.

D’ailleurs, cette gauche caviar, il la déteste : ces personnes au revenu confortable et au niveau culturel relevé qui se piquent d’affirmer, dans un restaurant deux étoiles (ou dans leur cortijo rénové dernier cri), qu’ils aiment payer des impôts parce qu’ils croient à la solidarité sociale. «Je pense d’abord à moi, la société, ça n’existe pas, il n’y a que des individus», a-t-il une fois déclaré lors d’un micro-trottoir à la télé locale. Seule l’étreint de temps en temps la compassion pour des victimes de catastrophes naturelles. "Hélas, que peut-on changer à cela ? " fatalise-t-il.

Il aime l’ordre et hait les règlements; le patio de son immeuble en copropriété ne saurait servir de parking à un vélo et ses voisins ne peuvent même pas y installer une table pour les soirées d'été. Son logement est sans poussière avec des fauteuils en alcantara et une table basse transparente. Et qu’on ne lui parle pas de changer son chauffage électrique pour une chaudière à bois : déjà que son appartement n’a pas été isolé au mieux pour économiser quinze mille euros sur le prix de vente. Quand il sort son chien, il n’emporte jamais avec lui le sachet nécessaire: pusqu’il paie des impôts, les balayeurs peuvent bien s’occuper des cacas. S’il va pique-niquer en famille au parc du Petit Bouleau ou dans le pré du Grand Sapin, peu importent les restes du paquet de chips. Ne harcelons pas nos gosses avec ces futilités.

Le señorito se rend d’ailleurs à la campagne avec sa 4 litres noire sans indication de marque, peut-être une BMW. Cela fait plus chic, surtout lorsqu’il parcourt le quartier des arènes avant la corrida de la Résurrection. Comme il est chez lui dans sa ville, il se gare en double file ou sur les trottoirs pour aller au Bancomat de la Cajasol ou du Crédit Suisse. Il a fréquemment des amendes de 30 euros et consacre un part de son budget annuel, rubrique « confort personnel »,  à les payer. Mais qu’on ne vienne pas lui évoquer une augmentation des impôts ou de nouvelles taxes qui ne servent qu’à remplir les poches des politiciens. Cet hiver, quand il a voulu étrenner ses nouvelles raquettes (de tennis ou de ski, c’est selon) le 1er janvier à 11 heures après une nuit bien arrosée au coca-whisky, il a risqué de déraper sur la chaussée glissante et de se retrouver à l’hôpital, à ses frais pour les 10% non remboursables par l’assurance. Le calamiteux grincheux en garde une rancune indélébile contre le ministre responsable de ces mauvais traitements. Ah cette Junta, ah ce Chavez, ah ce Ferdinando !

Sur le plan philosophique, il est d’avis que chacun a sa vérité et est fier de vivre dans un pays (maintenant démocratique) où l’on est libre de penser ce que l’on veut. Il croit en Dieu et, ma foi, est fondamentalement contre l’avortement, mais quand sa novia est tombée enceinte à 17 ans, il a bien fallu trouver une solution. Celle qui est maintenant sa señorita, justement, vient de rentrer du quartier où passait la procession de la Bonne Fin. Elle y est allée avec l’aîné de huit ans et la cadette dans la poussette. Et dire qu’une bonne femme lui a reproché d’encombrer la foule avec cet engin. « Vous n’avez jamais eu d’enfants pour être pareillement intolérante », lui a répliqué la señorita, déjà en colère contre la direction de l’école de son fils. La semaine passée, la mère supérieure a osé le faire rester une demi-heure en classe et l’obliger à nettoyer la salle de classe qu’il avait jonchée d’écorces de graines de tournesol, les fameuses pipas.  Madame va tout bientôt s'inscrire sur Facebook pour créer un groupe de soutien aux enfants brimés à l’école. Elle, elle a toujours bien réussi, a eu son bac avec la mention « Bien » en ratant de peu le « Très Bien » et n’a jamais manqué d’aller demander des explications aux enseignants chaque fois qu’une note lui paraissait injuste. Elle a arrêté ses études d’économie pour fonder une famille.

Mardi après-midi 28 avril, elle a de la chance, la señorita ! Comme il a réussi dimanche à faire la peau du ministre trop désinvolte, philosophe et poète rêveur, le señorito qui jubile prendra congé pour lui faire une surprise. A la dernière minute, il louera à prix d'or un cheval pour l'emmener en amazone, robe tous volants dehors, à la Feria de Abril. Ils passeront la soirée dans la caseta d'amis voulant instaurer la prison à perpétuité pour l'assassin de la pauvre Marta del Castillo. A moins, c'est quand  même moins cher, qu'il obtienne deux billets pour filer avec sa cloche voir Suisse-Russie à 16 h. 15 à Berne : de toutes façons, ces gauchistes ...


Ici, vidéo de ce que détestent les petits messieurs : un señor !







Vendredi 24 avril 2009 5 24 /04 /2009 09:35
Chaque jeudi à la Fondation Cajasol si fatale à la lionne géorgienne a lieu un concert ou un spectacle de flamenco. Les enregistrements et prises de vues sont strictement interdits et les quelques auditeurs perchés au paradis (12 euros) sont sous la surveillance constante de charmantes ouvreuses. Il n'empêche que j'ai réussi hier soir à enregistrer 15 minutes d'une solea interprétée par José Valencia. La fin de l'enregistrement fait entendre le début d'une buleria.

Le gitan Jose Antonio Valencia Vargas, « Jose Valencia »,  est l’orgueil de Lebrija. Cette ville est connue comme un berceau du talent Flamenco en Andalousie. En 1981, à l’âge de six ans, José Valencia est déjà finaliste au fameux concours « Concurso de Cante Antonio Mairena » En 1986 il gagne facilement le Concurso Juvenil de la Federación de Peñas de Sevilla. Déjà à 16 ans, il réalise sa première tournée à travers l’Europe accompagné par le guitariste Pedro Bacán. Les concerts qui eurent lieu à l’Opéra de Paris et au Festival d’Avignon lui ont même permis l’enregistrement de son premier CD en direct. Valencia chantera à Morges le 1er mai : à ne pas rater !


Si l'on se réfère à Wikipedia, on apprend (car tout est à apprendre !) que le compas est le schéma rythmique qui différencie chaque style de chant flamenco (bulerias, fandango, tangos, siguiriyas, malaguenas, martinetes, etc ) et plus particulièrement l'ensemble de règles et procédures qui régissent les modes d'intervention des différents musiciens. Le compas est ici défini comme un langage, avec une grammaire et un vocabulaire, qui permet de communiquer de façon improvisée avec les autres musiciens. Il s'agit donc non seulement d'une bonne maîtrise du rythme, mais également d'une connaissance de "tout ce qui peut se faire" ou pas dans tel ou tel contexte musical.

La Soleá est un des styles de chant, de guitare, de rythme et de danse les plus important et fondamental du flamenco. En espagnol, solea est une contraction de soledad, qui signifie "solitude". La solea se caractérise par un rythme lent et élastique, et par des textes de chant souvent dramatiques.

Voici cette dernière solea interprétée hier soir : cliquer ici.

Si je connais, après 11 ans d'accoutumance, l'ensemble des confréries de la Semaine Sainte, il serait bon qu'avant le 15 juillet j'arrive dès les premières mesures à différencier un fandango d'une granadina, un martinete d'une solea. Mais ceci est une autre histoire ! Et une autre joie en puissance...
Jeudi 23 avril 2009 4 23 /04 /2009 16:34
Où trouver l’équivalent du Jura en Andalousie ?  L’incongruité de la question n’est qu’apparente car notre puissance d’exister va avec la nature silencieuse, les paysages sans fin, la flore éclatante et les villages préservés de l’hypermodernité. J’ai donc trouvé Guadalcanal, à 100 km au nord de Séville. Etalée dans la Sierra Norte, la petite ville confine à l’Extramadure que deux trains par jour relient à Séville. Rares encore les sentiers européens où l’on ne voit ni ne croise personne pendant trois heures de marche. Guadalcanal a bien la prétention d’attirer les touristes en été mais qu’irait-on faire dans une fournaise alors que le printemps est dans sa gloire ? La preuve est que les orangers, à hauteur d’homme, y sont maintenant en train de fleurir.

Cliquer ici pour le diaporama









Mardi 21 avril 2009 2 21 /04 /2009 08:23
Cet article clôt ma Semaine Sainte, vécue comme ARB : le baroqueux s'interroge sur l'évolution hypermoderne d'un monde aux beautés maintenant impures.

L'avant-dernière procession du samedi, celle des Servites, fait le tour de la place Santa Isabel avant de rentrer dans l'église San Marcos. Les pasos s'arrêtent devant le porche de l'église Santa Isabel pour écouter, devant le Christ de la Miséricorde de Juan de Mesa, les nonnes leur chanter un hymne de leurs voix chevrotantes. Puis la Pieta quitte les projecteurs du théâtre urbain pour rejoindre les ombres de la ruelle où s'effectuera la rentrée dans l'église.

Risible Samedi Saint, ce 11 avril : le paso ne peut passer, retenu dans son avancée par le cable de la caméra de Canal Sur qui retransmet en direct la fin de la procession. Les costaleros devront se mettre à genoux pour faire baisser le Christ et la Vierge des Douleurs; l'opéra baroque sera à moitié gâché, illustration des fragilités d'une manifestation religieuse qui tend à devenir seulement culturelle et médiatiquement branchée : miséricorde !












Dimanche 19 avril 2009 7 19 /04 /2009 17:52
Trouver, souvent plusieurs heures à l'avance, la meilleure place, filmer et photographier avec le même petit appareil perfectionné, revenir au Corral transférer les images sur l'ordinateur, les trier, mettre en forme les photos, construire le film à l'aide d'Imovie, le partager sur Itunes, construire la page internet grâce à Iweb, rédiger les textes et publier sur Mobileme. Voilà le plaisir d'une semaine sabbatique de temps mi-gras, si bienvenu maintenant plutôt qu'auparavant : le résultat est un site Internet sur les processions filmées cette sainte semaine. Elle le fut vraiment !

Vendredi 17 avril 2009 5 17 /04 /2009 12:39
J'ai déjà parlé de l'ekphrasis, cette manière de tenter, par des mots ou d'autres moyens artistiques, d'exprimer un moment vécu intense. Il y près d'un siècle, Juan Jamon Jimenez, dans un poème intitulé Madrugada de Viernes Santo (Sevilla) a traduit en vers ces secondes extatiques et brefs où un paso orné de fleurs passe dans une rue alors qu'une femme chante une saeta.

Las flores no se duermen, esta noche, y derraman
en la brisa infinita esencia de colores;
gargantes de mujeres que ne se ven, declaman
en un cristalear partido de dolores...

Les fleurs ne dorment pas, cette nuit, et éparpillent
dans la brise infinie des essences de couleurs;
gorges de femme qu'on ne voit pas, déclamant
dans un cristal cassé de douleurs...


Le moment vécu, Vendredi Saint dans la rue Francos à 23 heures 58, est en partie restitué par l'éphémère vidéo. Elle montre le paso, avec ses camélias et ses fleurs d'oranger ("essences de couleurs"), capte la saeta, masculine, fusant d'un balcon proche, mais ne peut, hélas pour vous et  malgré les efforts du nez de la caméra, diffuser les effluves de l'azahar.

Longtemps je me suis couché de bonne heure...




Mercredi 15 avril 2009 3 15 /04 /2009 17:01
Un groupe de citoyens, avec l'archevêque à la tête, poursuit sa campagne pour ériger une statue à Jean Paul II  dans l'avenue de la Constitution. Ces dernières semaines des brochures sollicitent notre contribution à cette initiative dans toutes les succursales de la banque Cajasol. Séville Initiative Ouverte a lancé un manifeste justifié contre ledit monument. J'ai accepté de figurer dans les signataires.

Rien d'étonnant à ce que la ville aux 60 confréries, aux dizaines de couvents et centaines d'églises et de chapelles, compte des partisans de la non séparation de l'Eglise et de l'Etat. Heureusement qu'il y a des citoyens éclairés dont les efforts se portent aussi pour rendre justice aux grands poètes sévillans du XXe siècle. Luis Cernuda n'a même pas de rue et Antonio Machado une toute petite perdue dans le quartier du stade. Quant à Juan Ramon Jimenez, il a une rue périphérique près de la Feria.

Sevilla desmemorida, Séville "démémorisée": l'idéologie conservatrice encore très présente en Espagne et singulièrement dans cette ville somme toute peu ouverte oblitère la mémoire des poètes résistants et novateurs. Calculez le nombre de rues qui portent le non de Vierges et vous deviendrez impuissant.

Lundi 13 avril 2009 1 13 /04 /2009 17:08
La municipalité sévillane publie chaque mois un bulletin d'informations. A la sortie de la corrida de la Résurrection, ennuyeuse à mourir, j'ai ramassé ce feuillet bien documenté. Le "logo" de la ville y apparaît : orgueil sévillan égale orgueil universel.


Voilà confirmées mes analyses de la mentalité profonde de la ville tant aimée. Quelle joie alors en tirer puisque ce séjour devrait augmenter ma puissance d'être ? Dans ce cas, le bonheur n'est pas dans l'opuscule au slogan ridicule mais à la relecture d'extraits du 4e livre de l'Ethique de Spinoza consacré à la servitude humaine.

Ce passage tiré des propositions 56 et 57 est tout simplement magnifique. Je ne pousserai pas le bouchon jusqu'à l'envoyer au maire socialiste.


Proposition 56
Le plus haut degré de l'orgueil comme de l'abjection marque le plus haut degré d'impuissance de l'âme.

Le premier fondement de la vertu, c'est de conserver notre être, et cela, selon les ordres de la raison. En conséquence, celui qui s'ignore soi-même ignore le fondement de toutes les vertus. De plus, agir par vertu, ce n'est autre chose qu'agir selon les lois de la raison et celui qui agit selon les lois de la raison doit nécessairement savoir qu'il agit ainsi. Par conséquent celui qui s'ignore soi-même, et qui partant ignore toutes les vertus, celui-là est le plus éloigné du monde d'agir par vertu ; d'où il résulte évidemment qu'il est impuissant au plus haut degré ; donc le plus haut degré de l'orgueil ou de l'abjection marque le plus haut degré d'impuissance de l'âme.
(…)


Spinoza continue en disant :



Proposition 57

L'orgueilleux aime la présence des parasites, des flatteurs, et il déteste celle des gens de coeur.


L'orgueil, c'est la joie d'un homme qui pense de soi plus de bien qu'il n'est juste et cette opinion de soi-même, l'orgueilleux s'efforce, autant qu'il est en lui, de l'entretenir dans son âme; par conséquent il devra aimer la présence des parasites, des flatteurs et haïr au contraire celle des gens de cœur qui l'estiment son juste prix.


Spinoza commente ensuite ces deux propositions :

Je dois faire remarquer du moins que celui-là aussi est appelé orgueilleux qui pense des autres moins de bien qu'il ne faut ; et dans ce sens l'orgueil peut être défini : un sentiment de joie né d'une fausse opinion qui fait qu'un homme se croit au-dessus de ses semblables. (…) On conçoit aisément que l'orgueilleux soit nécessairement envieux et haïsse surtout ceux qui sont loués pour leurs grandes vertus ; et on comprend aussi que cette haine ne soit pas aisément étouffée par l'amour et par les bienfaits, et que les hommes de cette espèce ne se plaisent que dans le commerce de ceux qui flattent l'impuissance de leur âme, et d'un sot font bientôt un insensé.


Séville me haïra-t-elle un jour ?



Dimanche 12 avril 2009 7 12 /04 /2009 12:43
" Interrogez les metteurs en scène de théâtre et d'opéra : la Semaine sainte à Séville les éblouit autant qu'elle les désespère. Ce luxe, ce rythme, cette passion, ils n'y arriveront que par instants. Et encore, en rêvant beaucoup."

Cette citation de l'écrivain Francis Marmande (cf plus bas son texte de 2003) imagent bien ce que fut cette Semana Santa 2009. "La première Semaine Sainte complète depuis huit ans", "une semaine de plénitude", "le rêve accompli", "la meilleure Semaine Sainte du siècle", les quotidiens ne se privent pas de commentaires pour qualifier cette "fête fragile" dont parle le Diario de Sevilla. Il titre même son article sur la Madrugada ainsi : "le froid perfectionne le rendez-vous" car la nuit fraîche du jeudi au vendredi en laissa plus d'un chez lui.

La "fragilité" de l'hypermodermité, nous en reparlerons dans ce blog : un exemple cependant :


C'est plutôt la fête opératique qui sied à ce Dimanche de Résurrection et les lecteurs et amis dubitatifs sur le pouvoir enchanteur de ce théâtre urbain, social, culturel et religieux peuvent regarder un montage chronologique des meilleurs moments sonores et visuels que j'ai vécus.

Bandes de cornets et tambours, groupes musicaux interprétant des marches processionnelles, trio a capella d'instruments à vents, saetas et silences presque absolus: c'est l'opéra perpétuel dont j'aimerais bien que mon ami Samir, grand acteur et metteur en scène, pût le vivre un jour avec moi.



"Pendant la Semaine sainte, la foule de Séville, le peuple de Séville, vit ensemble, rit ensemble, se tait ensemble, pleure doucement ensemble, déambule ensemble dans les nuits tièdes de la ville. Parfois fraîches. Personne à bousculer, à pousser, à s'avancer indûment, à ne pas voir qu'il y a là les autres, les semblables, les fragiles, les puissants et les faibles. La foule de Séville est la plus civilisée du monde.

Sans ségrégation : ni d'âge, ni de sexe, ni de difformités, ni de couleur, ni de riches, ni de pauvres. La Semaine sainte de Séville est d'abord l'enchantement de ce lien social. Ailleurs, on l'a perdu. Ni pathos, ni flagellants, ni idiots, ni cynisme, ni tout ce qu'une fantasmatique sommaire désire. Ni-ni-ni, alors quoi ?

Les scènes les plus poignantes. Les musiques les plus poignantes. Une extraordinaire dramaturgie. Une mise en scène collective avec huit processions par jour, par nuit, près d'un million d'acteurs. A chacun son rôle, même pas son rôle, à chacun sa peau : sa peau de femme, sa peau d'amoureux, de parent, d'abuela (les grands-mères), de couple homosexuel, de bande de potes, de croyant, de demi-croyant, d'amateur de demis. Sa peau d'agnostique, de charbonnier, d'athée placide et de mystique sans Dieu. Sa peau d'enfant en bas âge, sa peau de gaillard dans la force de l'âge, de jolie fille trahie, d'invalide ou de handicapé, de désespéré fou d'espoir, de porteur de paso, de meneur de pasos, de pénitent (n'exagérons rien) ou de rieur. Ni-ni-ni mais quoi encore ? L'amour d'une splendeur vécue pour un but différé. Interrogez les metteurs en scène de théâtre et d'opéra : la Semaine sainte à Séville les éblouit autant qu'elle les désespère. Ce luxe, ce rythme, cette passion, ils n'y arriveront que par instants. Et encore, en rêvant beaucoup."


Francis Marmande
LE MONDE ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 07.05.03
Vendredi 10 avril 2009 5 10 /04 /2009 15:25


Un capirote de la conférie des Gitanos, après la rentrée du paso dans son église, à 14 h. 00

La Soledad de Saint Bonaventure à 18 h. 45 sur la Plaza Nueva.

Jeudi 9 avril 2009 4 09 /04 /2009 17:19
C’est Pâques à Séville ! A 17 heures sur la place du Triomphe, patrimoine mondial de l’humanité, les cloches de la Giralda sonnent à toute volée. Face à la cathédrale, l’Alcazar et les Archives des Indes.

Gloire à cette ville !




 
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